Les voies d’Anubis de Tim Powers

« Obscure fut ma naissance et terriblement lointaine… » Percy Bysshe Shelley

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe et bienvenue dans ce mois du Cuivre dédié au steampunk.

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 5 :

Michel nous mène jusqu’à la pyramide de cuivre. Elle fut jadis construite par les ‘Ieuv, le peuple qui vivait sur cette île avant qu’elle ne soit frappée par la damnation et les naufrages. On ne sait pratiquement rien d’eux, sinon que c’était une sale race. Ils ont truffé chacune de leur construction de pièges tous plus sadiques les uns que les autres.

L’imposant édifice à degrés presque entièrement grignoté par la végétation se dresse en travers du seul chemin praticable permettant l’accès aux Gros’piks. Bon, comme de base personne ne s’y rend, on n’a pas jugé nécessaire d’en construire un deuxième.

C’est là que Michel intervient. Il est très con, mais connait la pyramide comme sa poche.

On commence donc l’ascension des marches sous le regard embrasé du jour naissant. Les nuages même semblent prendre feu. Wesh, j’aime la poésie, naufragé. Qu’est ce qu’il y a ?

On arrive devant une grande porte cérémonielle. Perso, je ne suis pas super impressionné. Ce n’est qu’un cadre de pierre joliment sculpté derrière lequel s’enfoncent des marches dans les ténèbres.

— Voilà, c’est l’entrée, déclare Michel

— Michel ?

— Oui ?

Je me tourne vers lui de façon fort cérémonieuse.

— T’es une putain de tanche. On voit bien que c’est la porte, mais est-elle sans danger ?

— Ah, ça non.

Il allume une torche et la jette aussitôt dans l’escalier. La lumière découvre un amoncèlement de cadavres, certains récents et d’autres surement vieux de plusieurs siècles.

— Ah oui, c’est chaud là. Comment on fait ?

— Il faut faire une offrande à Xetocle.

— Xetocle ?!

— C’est l’esprit du couloir.

Je me tourne vers toi, naufragé, et nous éclatons de rire. L’esprit du couloir, mais bien sûr !

— Écoute, Michel, ferme-là et passe devant. Je…

— Ssssserais-ce des vissssiteurs ? Interromps une voix.

Je sursaute, mais ça ne compte pas, je n’étais pas prêt.

— Voilà Xetocle.

Une forme spectrale se découpe dans le cadre de la porte. Il s’agit d’une tête de crocodile sur un corps de serpent.

— Qu’as-tu pour moi, visssssiteur ?

Sa manière de prolonger les s casse vraiment les couilles. C’est une espèce de zozotement lisse et je déteste les gens qui zozotent. Rien que le mot zozoter m’énerve. Je me rends compte que Michel et toi, naufragé, vous me fixez. Je soupire et cherche une énième fois dans mon sac.

— Bon, j’aurais bien un truc à la hauteur. Les voies d’Anubis, de Tim Powers. Mais attention, ça me déchire vraiment le cœur de m’en séparer.

Titre : Les voies d’Anubis

Auteur : Tim Powers

Nombre de pages : 480

Ma note : 4.5/5

De quoi qu’on parle ?

 

Des sorciers égyptiens ragent grave parce que la modernité tue la magie et donc leurs pouvoirs. Leurs dieux sont réduits au folklore, l’occident contrôle leur pays et la religion chrétienne prend de l’ampleur. Trop c’est trop ; ils mettent au point un plan pour anéantir la couronne britannique. Prends ça, la reine ! T’aurais pas dû casser les couilles à Anubis.

Oui, mais voilà. Les plans, tout ça tout ça, ce n’est pas de la science exacte. Alors lorsqu’un vieux milliardaire trouve des brèches temporelles menant vers le Londres de 1800 et qu’il s’y rend avec une petite équipe de privilégiés afin d’assister à la conférence d’un célèbre poète, William Asshbless, les sorciers doivent agirent.

Ils kidnappent Breden Doyle, l’expert en littérature, mais sous-estiment le bonhomme qui fera tout pour retourner chez lui. Piégé dans une époque bien différente de la sienne, mendiant dans les rues du vieux Londres, Doyle devra apprendre à survivre.

De où qu’on est ?

 

La majeure partie du récit se déroule dans le Londres de 1810 et de 1666, même si on fera également un tour du côté de l’Égypte et des années quatre-vingt.

L’auteur reste fidèle sur le plan historique, mais ajoute à son univers beaucoup d’occulte et de magie. Le tout fortement imprégné de mythologie égyptienne.

De qu’est-ce que j’en pense ?

 

J’ai adoré, vraiment. Ce roman est un grand classique du steampunk et même si on s’éloigne on peu des codes du genre, ça reste une valeur sûre.

La façon dont l’auteur décrit le vieux Londres, vivant, sale et grandiose m’a totalement plongé dans le récit. On y découvre la pègre et les bandes de mendiants professionnels. Une étrange créature, mi-homme mi-loup, hante aussi les rues de la capitale britannique.

Entre des sorciers égyptiens capables de former des kas, des clones d’une personne, et d’invoquer les pires malédictions, un clown psychopathe qui mutile de pauvres gens dans sa clinique glauque, des voyages dans le temps, des trahisons, des changements de corps, des figures historiques, des paradoxes temporels et des chasses aux monstres, t’as pas le temps de t’ennuyer, naufragé.

L’histoire commence lentement, mais une fois qu’elle démarre elle ne s’arrête plus. Bredon Doyle m’a impressionné, car il passe du gratte-papier universitaire au type capable de t’en mettre une proprement.

Le personnage complexe de Jack m’a également touché. Son histoire tragique et sa quête de vengeance le poussent à se dépasser, à prendre des risques, mais il possède aussi cette sensibilité, marque d’une grande gentillesse.

Pourtant, ce qui rend ce récit vraiment impressionnant pour moi est la manière dont l’auteur tire puis rassemble ses ficelles scénaristiques. Plusieurs fois lors de ma lecture, je me suis retrouvé à me dire « putain, je ne l’ai pas vu venir celle-là ». La fin est d’ailleurs juste géniale et m’a laissé un intense sentiment de satisfaction.

Bref, tu l’auras compris, naufragé, je te conseille cette lecture. L’ambiance unique d’ésotérisme et de voyage temporel, un univers riche et complexe ainsi qu’un scénario en béton font de ce roman un membre du club très select des livres que je vais relire plusieurs fois.

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Ils pénétrèrent dans la ruelle et Doyle sentit son corps réagir avant même que son esprit n’eût enregistré le grattement ténu. Sa main gauche alla dégainer la rapière et la tint levée à l’oblique à l’instant même où quelque chose bondit de l’ombre et vint s’empaler sur la pointe. Il recula sous l’impact, entendit un grondement rauque et le bruit de dents qui mordaient l’acier puis, toujours par automatisme, son pied gauche repoussa violemment la créature mourante, dégageant ainsi la lame.

— Gardez-vous des monstres ! entendit-il Burghard hurler devant lui avant que la lanterne ne cognât sur le pavé verglacé puis que son volet ne coulissât, éclaboussant de lumière dorée l’étroite ruelle.

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