Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell de James Lovegrove

« La chose la plus miséricordieuse en ce bas monde est bien, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à mettre en relation tout ce qu’il contient. »

Me voilà de retour avec une excellente découverte qui mélange entités antédiluviennes et sens de l’observation cent pour cent british. Les aventures de l’Explographe continuent avec le calife maudit !

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 17 :

La momie du calife me sourit. Franchement, je n’ai pas d’avis là-dessus. Non, n’insiste pas, je… Bon, d’accord, c’est dégueulasse. Ses dents cassées suintent un liquide noir qui se repend sur sa mâchoire inférieure. Ça commence à goûter sur le marbre. J’ai envie de me précipiter pour essuyer.

Ce démon est fort, la persuasion c’est son truc.

Il lève bien haut son livre infernal. Nous reculons précipitamment.

— Bienvenue ! (glup !)

Sa voix est celle d’un fumeur invétéré. Il déglutit salement. Le liquide qui coule de sa bouche rend sa diction difficile.

Nous restons cois.

— N’ayez (glup) pas peur, mes (glup) amis. Vous (glup) êtes ici chez vous.

Je sais que si je me moque, nous sommes morts, naufragé. Mais la tentation est si forte. Juste une petite remarque méchante, juste une…

— Qui êtes-vous ? lances-tu avant que j’aie pu commettre l’irréparable.

Que ton ignorance est grande ! T’es une vraie tanche. Cependant, ta curiosité t’honore et je souris simplement à la manière de ce très cher Hannibal Lecter.

— Je (glup) suis le calife Chish’ah (glup). Le plus (glup) grand des califes ! Du moins, ce qu’il (glup) en reste.

Il a de l’humour ce fils de pute. Quel charisme ! LOL.

— Quel est votre but ?

Eh, non, mais oh ! Tu lui fais passer un entretien d’embauche, ou c’est comment, naufragé ? Personnellement, je préconise une fuite option rictus du lâche en skin bonus.

— Aaaaah (glup), mon but, mon très saint et louable but… (glup.) Jeune ami, vous allez rire, mais j’ai un rêve depuis tout (glup) petit. Je sais, ce n’est plus de mon âge, cependant j’ai gardé ce côté enfantin, voyez-vous. Mon plus (glup) grand vœu serait la destruction du monde des vivants !

OK, on l’a perdu. Ce débris est sénile et high as fuck. Je lève les yeux au ciel. Il m’est très difficile de ne pas l’insulter copieusement.

— Vous avez une drôle de conception de vos amis, je trouve.

— Avec tout le respect que je te dois, naufragé, c’est-à-dire rien du tout, ton avis on s’en tape.

Je sais, je suis à nouveau odieux, mais c’est cette pièce qui me stresse.

Le calife éclate de rire. C’est une succession de glouglous proprement infâmes. Il en perd quelques dents sous l’effort.

— Glouglouglouh ! Aaah,(glup) je comprends, mais ne vous tourmentez donc pas. Vous pourrez être mes (glup) humains de compagnies. Je ne demande qu’une simple âme contre (glup) cette faveur.

Le respect ? Il vient de l’enterrer à la hache. Là, c’est trop !

— Hey, écoute-moi bien, fils de catin vérolée à la vinasse de fils de consanguin de lignée de fils de pute ! Ton délire mégalo, tu te le garde. Ou bien tu nous laisses partir ou bien tu nous tues. Fais ton choix !

Tu me lances un regard noir, naufragé. Moi, je dis qu’il faudrait que tu te calmes.

— Explographe, il va nous mettre en pièce par ta faute !

— Il allait de toute manière nous…

Nous nous retournons comme un seul homme ; le calife sanglote bruyamment sur son trône de rubis. Mais on est où, là ?! Dans les chtis à Ko-Lanta ?

— Oh, pauvre créature ! s’exclame Michel.

— T’as déjà vu un pauvre sur un trône en rubis, toi ?

Michel sourit à ma blague pour la forme. J’ai bien envie de le déformer. (Ouais, je suis super chaud sur les jeux de mots en ce moment).

— Console-le avec une offrande, Explographe.

— De où tu me donnes des ordres ?

— Explographe, c’est peut-être notre seule chance…

Je lève les yeux au ciel (au plafond vouté quoi).

— Eh encore un livre de gaspillé.

J’en sors un au hasard de mon sac. Sherlock Holmes et les sombres de Shadwell de James Lovegrove.

 

Titre : Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell

Auteur : James Lovegrove

Nombre de pages : 360

Ma note : 4.5/5

De quoi qu’on parle ?

Nous sommes en automne 1880. Le Dr John Watson rentre d’Afghanistan où les Anglais ont subi une lourde défaite, plus lourde encore que la reine Victoria (haha, je ris à mes propres blagues. Je suis hype as fuck, mes jeux de mots sont trop chauds !).

Il est le dernier survivant d’une terrible expédition qui le laisse très affecté, physiquement avec une blessure à l’épaule, mais surtout mentalement.

C’est alors qu’il va faire la rencontre de Sherlock Holmes dans un bar. Ah, les années quatre-vingt c’était quelque chose !

Le détective de génie enquête sur une série de décès suspects dans le quartier de Shadwell. Des corps sont retrouvés émaciés sans explications convaincantes. C’est comme s’ils étaient morts de peur.

Mais non, voyons ! Un peu de raison. Aucun tentacule n’est impliqué là-dedans… C’est sûr… Prouvé de ouf… Haha… Hum, bref, l’aventure commence pour nos deux compères. La première d’une longue série, celle qui les soudera à vie.

De où qu’on est ?

Nous sommes dans le Londres romantique du 19e siècle. Cependant, à l’univers de Sir Conan Doyle s’ajoute celui non moins célèbre de HP Lovecraft. De l’occulte et du surnaturel côtoient donc le monde moderne en pleine révolution industrielle.

C’est flippant, c’est vintage, c’est stylé. Adjugé !

De qu’est-ce que j’en pense ?

J’ai toujours craché sur les fanfictions par principe et les principes c’est important. Cependant, j’ai découvert que lorsque c’est bien fait, l’alchimie de l’ancien et du nouveau peut créer des textes de grande qualité.

C’est exactement ce qu’il se passe avec ce roman.

L’auteur reste très fidèle au style de C. Doyle, ce qui nous immerge immédiatement dans nos souvenirs de lecture. Il alterne avec brio les éléments de deux univers tout en créant le sien. J’ai trouvé le cocktail particulièrement réussi.

L’intrigue démarre lentement, mais l’attention portée sur le mystérieux traumatisme de Watson nous tient en haleine suffisamment longtemps pour ne pas voir le temps passer. Ensuite, on plonge dans l’enquête avec ce subtil mélange d’action et de réflexion.

Le côté occulte apporte une vraie fraicheur au Sherlock Holmes que l’on connait, car les enjeux dépassent de loin ce à quoi il nous avait habitué. Le monde entier est menacé.

Lovegrove revisite des personnages emblématiques et leur invente un passé étonnamment crédible. Cela me rappelle la très bonne nouvelle de Victor Fleury « Le gambit du détective ». (Tu peux retrouver la chronique qui lui est consacrée ici.)

Le final fait honneur à la tradition Cthulienne avec un combat aux portes de la folie. Ça se lit avec un petit brandy près de la cheminée. Au calme. (Les enfants, ne le répétez pas à votre mère, OK ? Sinon, plus d’alcool fort !)

Bref, j’ai passé un très bon moment avec deux de mes auteurs favoris en un. J’ai mal rien que d’y penser, mais oui, j’ai aimé de la fanfiction. Jetez-moi au bucher et passez-moi le tome deux…

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Ce qui se passa ensuite fut époustouflant tant au niveau de l’exécution que du caractère inattendu de la chose. L’homme du Yorkshire se baissa pour esquiver le coup de couteau et, en même temps, avec une vitesse et une agilité qui démentaient son âge et son ivresse, lança une contre-attaque. La main qui tenait la bouteille monta, décrivit un arc de cercle, et frappa à la tempe le Lascar aux dents en or. Le verre explosa, il y eut des éclaboussures de gin, une giclée de sang, et le matelot chancela. De l’autre main, le vieil homme saisit le poignet du poing dans lequel le Lascar tenait son couteau. Il le tordit sur le côté d’un coup sec, si bien que l’Indien n’eut d’autre choix que de lâcher son arme. Ainsi, en l’espace de quelques battements de cœur, le marin se trouva à la fois désarmé et hors de combat, car à l’instant où le couteau touchait le sol, l’homme fit de même, à moitié commotionné, le sang ruisselant de la profonde entaille qu’il avait au cuir chevelu.

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