Seul sur Mars d’Andy Weir

La surface grêlée de la planète rouge s’étirait à l’infini, semblait-il, son atmosphère fine formant une légère brume sur son pourtour. Seules dix-huit personnes, dans l’histoire de l’humanité, avaient joui de cette vue.

     — Va te faire foutre, lança-t-il à la planète.

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe.

Aujourd’hui, on part pour la planète rouge avec Seul sur Mars d’Andy Weir. Je vais tenter de t’expliquer pourquoi ce roman a frôlé le 5/5. Les aventures de l’Explogaphe continuent avec une tempête en approche et un palais maudit…

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 12 :

Seul. C’est la première impression qui me vient lorsque je me redresse à la cime du premier Gros’piks. Aucun n’être humain n’est venu ici depuis des siècles. Ça fou les jetons, naufragé (e). Même les oiseaux ne sont pas chauds pour squatter les quelques branches.

Je ne sais pas comment j’ai fait pour y arriver. Il m’a fallu plus de trois jours d’escalade et un nombre incalculable de coups de bol. J’y suis, putain, j’y suis vraiment !

Je détache alors mes yeux du panorama pour regarder derrière moi : deux diamants de glace et de cendre me dévisagent en titans moqueurs. Fait chier, cette première étape était simplement l’apéro et on dirait bien que le plat principal contient une dose mortelle de risque.

L’air me manque déjà un peu. Je vais devoir utiliser les bouteilles d’oxygène que tu me fais monter par corde, naufragé (e). Tu les rejoins bien vite et tombes sur les fesses. La vue te met la larme à l’œil. Faible, va…

— Il accepte la beauté du monde et le chant qu’elle entonne en son cœur, déclare Michel qui apparait à côté de lui.

— Ah, tes discours de tanche m’ont manqué. D’ailleurs, où étais-tu passé ?

— J’ai le vertige, Explographe. Je vous ai quitté au milieu de l’ascension.

— C’est irrationnel, Michel. Tu es mort, tu ne devrais donc plus la craindre.

Il se contente de me sourire avec son air bienveillant de fils de pute. Franchement, il n’arrange pas son cas. Je soupire et lève les yeux au ciel de plus en plus sombre et menaçant. Une tempête arrive de la mer. On dirait qu’elle tend ses doigts noirs et duveteux vers nous. On dirait bien que… Que le manque de drogue me monte à la tête. Ah, si seulement une petite seringue pouvait tomber du ciel à me pied. Juste un peu de morphine avec un zeste de kétamine…

Je me secoue. Cette tempête risque de tous nous tuer. Déjà le vent souffle contre nos visages.

— On doit bouger. Enfile ton masque, naufragé (e), nous avons besoin d’air pour avancer vite et trouver un refuge. Il y a un ancien palais ‘Ieuve à quelques kilomètres.

Je vérifie mon plan en quête de la bonne direction.

— Par-là.

— J’aime quand tu es directif !

— Ta gueule, Michel.

Avec nos masques, on ressemble à une fière troupe de SS mangeurs d’enfants. Quelle classe, quel panache ! Cela me rappelle ma jeunesse, mes expériences sexuelles, mais je diverge.

Nous nous mettons au pas rapide. La tempête nous suit, cependant le palais apparait bien vite. Majestueux et en ruine, il en émane une étrange impression. Quelque chose de maudit et de sale. Ses dômes d’or sont affaissés et une jungle foisonnante y a pris vie, contrastant avec le décor qui l’entoure.

Quel spectacle ! Le mélange de cendre et de pierre rouge que le vent soulève alors que nous gravissons les marches du palais me rappelle Seul sur Mars d’Andy Weir. Mars, la planète rouge, rouge comme le sang, le sang des martyrs qui ont péri en sacrifice dans cet immonde monument. Je… je ne me sens pas bien…

Titre : Seul sur Mars

Auteur : Andy Weir

Nombre de pages : 408

Ma note : 4.5/5

De quoi qu’on parle ?

Dans un futur pas si lointain, c’est-à-dire pas genre mille ans plus tard, enfin pas deux semaines non plus, mais bon, t’as compris le truc. Pourquoi je m’embrouille déjà à la première phrase ? C’est comme si mon esprit flottait quelque part…

Bref.

Dans ce futur pas si lointain, disais-je, l’humanité nous refait le coup Apollo sur Mars. Les missions Ares (Mars, Ares, t’as pigés le délire, naufragé (e), héhé) ont pour but d’explorer la planète avec des vols habités.

L’intrigue prend place alors que l’équipe d’Ares 3 se trouve confrontée à une tempête de forte intensité. La cheffe de l’expédition décide d’abandonner la mission, car cela devient trop dangereux. Ils rejoignent leur VAM (le truc qui leur permet de rallier leur vaisseau en orbite), mais le botaniste de l’équipe n’a pas de bol et se fait faucher par une antenne décrochée par le vent.

Ouais, c’est vraiment pas de bol, parce qu’ils n’ont pas le temps et que leurs recherches ne donnent rien. Ils partent donc la mort dans l’âme, un coéquipier en moins.

Seulement, Mark Watney, le mec qui n’a pas eu de bol, se réveil après la tempête. Il découvre qu’il se trouve seul sur Mars…

De où qu’on est ?

Sur Mars. Mic drop.

Bon, OK, un peu sur la terre aussi. Petite précision ; ce roman propose une SF survivaliste réaliste. Donc pas de batailles spatiales et de sabres lasers, ni de nanorobots tueurs, mais des technologies actuelles améliorées.

Mic drop. (Cette fois, c’est legit.)

De qu’est-ce que j’en pense ?

Pour ne rien te cacher, j’avais déjà vu le film et j’avais adoré. J’en attendais donc beaucoup de ce roman. Je dois dire que je n’ai pas été déçu. Comme dans le film, l’histoire alterne entre le journal personnel de l’astronaute à la première personne et les phases mettant en scène la NASA sur terre ainsi que dans l’espace.

Le personnage de Mark Watney possède un humour qui m’a tout de suite parlé. Lorsqu’il découvre sa situation, il ne se décourage pas et cherche des solutions. Ce positivisme et cette volonté de lutter jusqu’à la mort m’ont plus d’une fois ému.

Des problèmes, Mark en rencontre à la pelle. Cependant, il choisit de ne pas trop se prendre au sérieux. C’est un excellent réflexe psychologique, je trouve, car sa situation est si désespérée que l’observer avec un regard pessimiste ne mènerait qu’au suicide. J’ai senti tout au long du roman cette force incroyable émaner de ce personnage et c’était beau.

Imaginer un être humain si seul et loin de chez lui nous touche au plus profond de ce que nous sommes ; des animaux sociaux en besoin constant de contact. J’ai senti la détresse du personnage. Plus que de mourir, c’est de mourir seul et loin de ceux que l’on aime qui est terrible. Voilà un aspect très bien illustré dans le livre.

Outre l’intrigue palpitante, il y a également le côté technique. Même s’il pourrait en rebuter certains, pour ma part, j’ai appris beaucoup de chose sur Mars et les moyens possibles d’y survivre. J’ai parfois dû faire émerger de vieux cours de chimie dans mon pauvre cerveau, mais rien d’impossible. Puis, Wikipédia est là en cas d’urgence.

Les personnages secondaires ne sont pas dénués d’intérêt et montrent bien, par leurs interactions, toute la complexité d’un scénario « à la Mark Watney ». Les problèmes de temps, de solutions, de budget, de communication avec le public, etc.

Le style de l’auteur fait bien le travail dans le sens ou, sans être incroyable, est suffisamment fluide pour qu’on puisse se concentrer pleinement sur l’intrigue.

Pour terminer, je pense que dans la vraie vie, jamais on ne dépenserait autant d’argent et de moyens pour une seule personne. Cela soulève, à mon sens, le point le plus important du roman ; il parle d’une histoire profondément humaniste. Plus qu’un homme, c’est tout un symbole qu’on essaie de sauver, toute une façon de penser et de voir le monde où l’humain est précieux et sacré. Ce livre raconte nos valeurs profondes.

Ce fut donc une lecture fort émouvante et palpitante. Je pense que je relirais ce roman, car les questions qu’il soulève méritent bien un deuxième regard.

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Journal de bord : Sol 6

J’ai bien réfléchi et maintenant j’en suis sûr : je suis foutu.

Foutu de chez foutu.

Dire que ce devaient être les deux mois les plus extraordinaires de ma vie… Six sols plus tard, le rêve s’est transformé en cauchemar.

Je ne sais pas qui lira ce truc. Quelqu’un finira bien par le trouver. Dans une centaine d’années, peut-être.

Pour information, je ne suis pas mort le sixième sol comme le pense le reste de l’équipage – mais je ne peux pas en vouloir à mes collègues. Peut-être aurai-je droit à une journée de deuil national ? Dans ma fiche Wikipédia, on lira : « Mark Watney est le seul être humain à avoir perdu la vie sur Mars. 

Et ce sera vrai, parce que je vais sûrement mourir, mais pas le sixième sol, désolé.

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