Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 41

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 41, “Faux départ (première partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

Le port sud-ouest était le plus grand port de tout Venyce et la guilde Cacciatore le contrôlait d’une main de fer. De nombreux bassins en eaux profondes permettaient le ravitaillement ou la réparation d’énormes galions à vapeur. Une grande partie de la flotte de guerre du pape y stationnait en permanence, ce qui renforçait le pouvoir de la cité par ce lieu hautement stratégique pour le contrôle des mers. Plus nombreux encore que les bâtiments militaires, se trouvaient les bateaux de marchandises. Ils formaient une véritable forêt de cheminées entre les innombrables quais. Leurs pavillons indiquaient toutes les origines ; des mers glacées du Nord-au-monde jusqu’aux îles de la bordure.

Des mouettes volaient déjà en masse dans les lueurs du jour naissant. Elles formaient de complexes escadrilles qui jouaient dans les vents salins fouettant la terre ferme. Ces mêmes vents qui menaient la vie dure à tous ces gens massés sur les quais pour fuir la ville. Des dockers épaulés par des soldats de la garde pontificale les encadraient, parfois rudement. Il y avait là beaucoup de femmes, d’enfants et de vieillards. Ils attendaient en espérant trouver un passeur d’accord de les emmener aussi loin que possible pour tout l’argent qu’il leur restait. La ville était sous couvre-feu, les guildes s’armaient déjà dans l’ombre et la princesse n’était plus. Pas besoin d’être très malin pour comprendre que le pire se préparait. Une autre Grande guerre allait éclater et c’est les petites gens qui mordraient la poussière en premier. Alors, ils tentaient le tout pour le tout, quitte à mourir dans une bicoque perdue en haute mer.

Veino observait la scène, posté en hauteur sur le toit d’un entrepôt. Il se trouvait juste en face du quai numéro douze et avait le Cartagienno bien en vue. C’était un bateau assez impressionnant, avec deux grandes cheminées rutilantes et une allure effilée. Assurément un bâtiment rapide, quoique plus luxueux que nécessaire. Les matelots s’affairaient sur son pont et chargeaient les dernières caisses ; il n’allait plus tarder à partir.

Il jeta un rapide coup d’œil à sa montre de poche. Cela faisait partie des choses indispensables qu’il avait exigées du mage noir, en plus de son arme favorite, le pistolet automatique Barderazzo calibre 0.38 spécial. Une arme extrêmement chère, mais ô combien efficace. Six heures. Le Scorpion n’allait plus tarder à arriver et avec lui l’inspecteur Montineti. Du moins, il l’espérait, car le temps n’était pas des plus commodes. Le vent lui engourdissait les muscles. Il souffla dans ses mains pour se réchauffer.

Il aperçut soudain la tueuse sur sa gauche. Elle était vêtue d’un manteau simple ainsi que d’un chapeau melon plus féminin qui lui masquait le haut du visage, à dessein. Cela aurait pu marcher s’il ne la connaissait pas aussi bien. Elle se dirigea immédiatement vers le Cartagienno, un petit sac à la main.

Presque au même moment, c’est Sieur Verenn qui arriva par la droite. Veino n’en revint pas ; il l’avait vu se faire tuer la veille. Le trentenaire affichait toujours sa mine de fils à papa et son air propre sur lui. Pourtant, ce ne pouvait être lui. Un polymorphe ? Cela paraissait fou, mais c’était la seule explication logique. Après tout, Vittorio et Julianne ne devaient certainement pas être les seuls membres de leur “espèce”.

Cela le dérangea tout de même. Il s’était trouvé en face d’un imposteur si parfait, si insoupçonnable. Ces êtres étaient d’autant plus protégés qu’on les classait dans la catégorie “légende urbaine”. Combien étaient-ils et d’où venaient-ils ? En avait-il déjà croisé sans le savoir lorsqu’il servait fidèlement la guilde de l’Archange ? Cette sensation d’avoir été dupé par l’illusion d’un même corps, mais à l’esprit différent le perturbait plus que de raison. Il chassa tout cela de sa tête pour se concentrer sur sa mission.

Comme le Scorpion se retournait près de l’entrée du bateau, elle aperçut Sieur Verenn qui vint la saluer, un grand sourire aux lèvres. Veino s’était déplacé de sorte qu’il se trouvait maintenant assis sur une caisse en bois à faire semblant de regarder la manœuvre d’un gros bâtiment quittant le port.

La tueuse remarqua que quelque chose n’allait pas quand son ami ne la prit pas dans ses bras. Il se contenta de lui baiser la main. Le polymorphe n’avait pas eu le temps d’étudier sa cible, de sorte qu’il en était réduit à compter sur son apparence. Elle lui demanda ce qu’il avait et il répondit qu’il était fatigué, que c’était compliqué. Ben voyons. Ils montèrent sur le pont pour disparaître dans les entrailles du Cartagienno.

Veino avait besoin d’écouter ce qu’ils allaient se dire, mais pour cela il fallait qu’il s’infiltre dans le bâtiment. Heureusement, il avait prévu le coup et s’était muni de crochets spéciaux. Il fit mine de se relever puis de soudainement perdre l’équilibre. Il tomba dans l’eau sous le regard indifférent de deux dockers. Des ivrognes qui se noyaient, cela arrivait tous les jours et personne ne s’en souciait. Tant mieux. Comme d’habitude, le corps ne remonta pas et les deux hommes se contentèrent de faire le signe de la croix. Quelle hypocrisie quand on y pensait. Pourtant, c’était aussi cela, Venyce.

Pendant ce temps, Veino avait nagé jusque sous la coque du navire et était ressorti discrètement de l’autre côté. Aucun matelot ne l’avait aperçu. Il sortit alors ses crochets et commença son ascension. Il devait se rendre dans les quartiers des voyageurs et probablement dans les plus luxueux, ceux du maître des lieux.

Il était bien difficile de différencier le luxe du luxe. Cependant, les grandes et somptueuses fenêtres qui offraient une vue parfaite sur la mer à l’arrière du bateau ne trompaient personne. Veino y accéda non sans difficulté, ses muscles le faisant encore une fois souffrir. C’était rageant et en même temps compréhensible. Son corps avait été ramené d’entre les morts, ça valait bien le coup d’en baver un peu.

Il prit appui sur le fin rebord d’une fenêtre après avoir échappé à la vigilance de deux mousses. Il ne s’était pas trompé. Le Scorpion se trouvait bien là avec Sieur Verenn. Ils se servaient à boire, mais il ne pouvait distinguer ce qu’ils disaient. Il devait accéder à l’intérieur.

Veino se déplaça précautionneusement sur le côté jusqu’à atteindre un grand hublot qui donnait sur une autre pièce. Il sortit son compas à diamant et en un tour de main, entra dans une chambre indécemment riche. C’était une suite royale avec lit à baldaquin, armoires en bois précieux et mini bar recouvert d’or. Tout ce qu’il fallait pour passer une excellente traversée, et accessoirement nourrir une centaine de miséreux pendant dix ans.

Il s’avança jusqu’à l’encadrure de la porte et se plaqua contre le mur. De l’autre côté se trouvait le salon et des voix lui parvenaient.

— Je ne savais pas que tu possédais un tel navire. Il est somptueux. Le cadeau d’une guilde ?

— Plutôt une commande. J’admets volontiers avoir été très bien conseillé. Venyce est réputée pour cela, après tout.

— De la modestie ? Ça ne te ressemble pas.

— Oh, mais tu ne sais pas tout de moi.

Ou l’art de dire n’importe quoi avec l’assurance de la certitude. Les voix se turent pour prendre une gorgée d’alcool.

— Où vais-je être logée ? J’espère dans une cabine digne de ce nom.

— Bien entendu. Ici même, dans mes quartiers.

Un rire.

— Depuis quand es-tu capable de remords, Verenn ? Je croyais que les services spéciaux du pape t’avaient définitivement rendu nihiliste. Sache que tu n’obtiendras rien de moi. J’apprécie cette faveur, mais je la considère comme due après ce qu’il s’est passé.

L’autre ne répondit pas. Il ignorait de quoi elle parlait et sentait le sujet dangereux. Il est fort.

— Dis-moi, demanda-t-il, que vas-tu faire une fois arrivée là-bas ?

Elle hésita.

— Je ne sais pas, mais de toute manière je ne te le dirais pas. Je…

— Tu ne me fais pas confiance ?

— Plus depuis la planque et la mort de Gabriella.

Nouveau silence. Il reprit :

— Personne d’autre ne sait alors pour le coup chez les Di Maggio ?

— Tu sais bien que non, je suis une professionnelle. Pourquoi toutes ces questions ?

— Oh, juste pour vérifier.

— Vérifier ?

— Que je pouvais te tuer.

— Quoi ?!

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

2 commentaires sur “Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 41

  1. Bonjour Explographe,

    La rentrée a du bon ; trois chapitres à se mettre sous la dent !
    Tant mieux, car la tambouille des vacances était peu appétissante.
    Je parle des lectures, hein, coté table ce fut très bon, mais alors, à part le Roi écorché, quelle déception – pour la Fantasy du moins (Jean-Henri Fabre, quel style avec ses récits de l’oncle Paul). Pas sûre de continuer les lames du Cardinal, certaine d’arrêter Godblind. Ah, peut-être Les couleurs de l’acier…
    Bon, il me reste à lire L’Empire électrique…
    Prêt pour la salve de remarques ?

    1. Hello, Colophane ! 🙂 Content de te revoir sur ces rivages ^^
      Les pièces sont en place, les sabords relevés, l’équipage prêt à l’abordage ; premières salves en vue !
      Ah, tu as aimé alors ? Je n’ai encore rencontré personne qui n’aiment pas le cycle de l’empire brisé^^ Les lames du cardinal sont dans ma pal, tu n’accroches pas alors ? Je ne connais pas Godblind, mais j’ai beaucoup aimé l’empire électrique 🙂 Il faut aimer les nouvelles, mais sinon c’est super 😉

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