Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 43

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 43, “Illumination (première partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

Haziel fulminait. La piste du Sigil menait à une impasse et le meurtrier de Sa Distinguée courait libre et hors d’atteinte. Quel affront pour un homme tel que moi ! pensait-il. Jamais de toute ma vie de guerrier je ne me suis couvert à ce point de honte. Il empoigna son martinet couvert de sang et se flagella. Les nœuds de cuir aussi durs que de la pierre laissèrent de vives écorchures dans son dos. La douleur résonna dans sa chair aussi sûrement que dans son âme. Le repentir demandait du sang et des larmes. La purification ne tolérait aucune faiblesse.

Il serra les dents puis recommença.

Voilà près d’une heure qu’il s’infligeait ce traitement, à genoux sur les dalles en pierres de chapelle de la Belle, dans l’espoir du pardon de Dieu. De la lumière abondait d’un vitrail derrière le grand crucifix et éclaboussait son visage. Un visage couvert de larmes aux yeux déterminés et perdus ; le regard de quelqu’un prêt à tout. Haziel encaissait chaque coup avec la hargne d’aller jusqu’au bout. Il n’abandonnerait pas avant un signe, une direction.

Cependant, le sang qui se rependait sur le sol témoignait du peu de temps qu’il lui restait avant de perdre connaissance, ou pire. Ses forces le quittaient et avec lui son âme.

— Seigneur, je vous en prie, murmura-t-il entre ses larmes. Seigneur…

Il tomba sur le côté, à bout de force. La pierre froide rencontra son torse nu et cela lui fit du bien. Il brulait, se noyait dans le feu purificateur. Là, dans un néant loin des hommes, il vit sa vie défiler devant ses yeux.

Un adolescent à la carrure d’adulte échange une poignée de main viril avec un recruteur de l’armée pontificale. Un officier sur une tribune, au milieu de la cour d’une caserne, prononce son nom dans la froide aurore du matin. Il salue fièrement un général trois étoiles dans un bureau luxueux, ses certificats d’admissions dans les forces spéciales du Saint-Siège en main. Un homme grand et tatoué lui saute à la gorge. Il lui passe l’épée diamant au travers de la gorge puis le pousse sur l’autel impie qu’il vénérait.

Trop d’images, de sons et d’odeurs. Le flou.

Cao lui parle. Le plafond de verre l’éblouit. Il s’agenouille et reçoit le sacrement. Des morts, encore. Des choses innommables vomies par l’éther. Dieu le guide.

Le flou.

La princesse est morte…

La Grande guerre arrive.

Ciristio.

Haziel ouvrit les yeux, le souffle court. Le sang dans son dos avait commencé à coaguler et il gémit lorsqu’il s’arracha au sol froid.

— Seigneur, pourquoi me montres-tu cela ? implora-t-il. Je ne comprends…

La vérité lui apparut. Le Constructeur, ce blasphémateur adorateur de la Science, avait menti. La raison lui échappait, mais Dieu lui révélait la voie. Le serpent s’était caché dans le cœur de son ennemi.

Le maître des secrets n’y a vu que du feu. Comment est-ce possible ? Il se releva, les jambes mal assurées. L’amitié peut aveugler le plus vigilent des hommes. Aimer un autre que le Tout-Puissant est dangereux. Quelle faiblesse !

Il joint les mains en une prière de remerciement. Il se savait être un élu et le Seigneur n’abandonnait jamais ses favoris. Il en avait douté, mais c’était fini à présent et sa détermination s’en trouvait d’autant plus renforcée. Il allait rendre visite à ce traître et le purifiera de tous ses secrets. Il fallait juste qu’il soit discret. Cao ne devait rien savoir.

Les bas-fonds étaient comme à leurs habitudes, gris, sales et misérables. Haziel se rappelait parfaitement l’itinéraire à emprunter et il ne tarda pas à descendre sous terre. Il avait emporté avec lui divers “outils” dont son crucifix mortuis, objet indispensable pour le travail qui l’attendait.

C’est un Rosius interloqué qui l’accueillit :

— Capitaine, ça pour une surprise. Que nous vaut votre visite ?

Encore une aberration, pensa Haziel.

Il regarda le robot bien en face.

— Je dois parler à votre maître.

— Cao n’est pas avec vous ?

Il observa la machine un instant. À quel point est-elle intelligente ?

— Il m’envoie pour des précisions sur une affaire qui nous concerne. Des complications l’obligent à déléguer cette tâche.

— Je vois. Donnez-moi vos armes, s’il vous plait.

— Je n’en ai aucune sur moi.

Il y eut un court silence, puis :

— Vous mentez.

— Comment ? Mais je ne vous permets…

— Vos armes ou vous sortez, le coupa Rosius.

Le capitaine fulminait.

— Très bien.

Il s’exécuta et donna trois objets.

— Un injecteur d’acide-en-cristal, une lame diamant et une bombe à givre. Que comptiez-vous faire avec tout cela ?

L’autre avait le regard qui lançait des éclairs. Il essaya de s’adoucir les traits et parla d’une voix calme. Ce n’était pas le moment de commettre une erreur.

— C’est l’attirail réglementaire que je prends lorsque je viens dans les bas-fonds. Je vous prie de m’excuser, c’est que je deviens nerveux lorsque je me trouve ici.

Le robot parut l’analyser puis expliqua, visiblement rassuré :

— Cela est certainement dû au fait que nous nous trouvons sous terre. C’est normal au début.

— Ça doit être ça, oui.

Rosius se retourna et la paroi qui lui faisait face coulissa. Le son et les odeurs de l’atelier clandestin l’assaillirent en même temps que la vision de tous ces hommes au milieu de dizaines de machines. Comme les autres fois, ce fut tout aussi insolite et comme les autres fois, l’automate l’emmena jusque dans le couloir où il put s’assoir pour patienter.

Il avait réussi à tromper le robot et donc à garder le plus important, son crucifix mortuis. Désormais, chaque seconde était comme du plomb largué sur sa patience. Un guerrier attend, se contrôle puis frappe, récitait-il dans sa tête. C’était ce qu’on lui avait appris de plus important dans les forces spéciales ; ne jamais attaquer en laissant la raison de côté. Les bons combattants savaient repérer les failles émotionnelles chez leurs ennemis et en profitaient pour les terrasser. Haziel avait souvent eu du mal à appliquer ce précepte. Heureusement pour lui, ses capacités martiales comblaient cette lacune.

— Capitaine, fit une voix, je ne m’attendais pas à vous voir.

Haziel se leva pour venir serrer la main que Ciristio lui tendait.

— Bonjour, Constructeur. Je suis ici pour clarifier certains détails. Mon maître vous informe qu’il est désolé de n’avoir pu venir.

— Il envoie donc son plus fidèle homme. Sûrement qu’avec ce qui se trame dans la cité en ce moment, il doit avoir beaucoup de travail.

— Comme vous dites.

Le vieil aristocrate le fit entrer dans son bureau.

— Prenez place, je vous en prie.

Ils s’assirent dans un fauteuil l’un en face de l’autre. Haziel chercha les signes de pièges ou autres dispositifs de sécurité, mais n’en vit aucun. Prudence, tout de même.

— Dites-moi, en quoi puis-je vous être utile, capitaine ?

Il reporta son attention sur le Constructeur, un regard de prédateur.

— Votre bureau est bien insonorisé. Je ne l’avais jamais remarqué.

 

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !