Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 39

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 39, “Infiltration à Porte Noire (première partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

— Papier d’identification et matricule !

La voix qui ordonnait cela d’un ton autoritaire provenait d’un garde assis derrière un guichet de sécurité. Le regard vif derrière ses barreaux de protection, il prit les deux livrets que lui tendaient Vittorio et Julianne.

Il y’avait des hommes armés partout et un large portique en métal les empêchait de passer. Cela ne les inquiétait nullement, car ils avaient revêtu l’apparence de deux agents spéciaux du cardinal. Leurs sombres manteaux à la coupe stricte assortis de chapeaux aux bords longs les faisaient paraître sinistres et importants. Ils se trouvaient à l’entrée de Porte Noire et étaient sur le point de pénétrer dans l’énorme édifice.

— Matricule 28.03 et 16.01, dit Julianne qui paraissait être la cheffe.

Le garde vérifia dans son registre leur identité.

— Inspection des services, je vois, fit-il.

Son ton s’était nettement adouci. Il rendit les livrets avec un sourire crispé qui se voulait accueillant.

— Bienvenue à Porte Noire, agents.

Le portique s’actionna pour leur libérer le passage ; un assemblage complexe de roues dentées électrifiées vrombit. Les deux polymorphes s’engagèrent alors dans un couloir aux hautes poutres d’acier noirci, éclairé à intervalles réguliers par de puissantes lampes. Ils se sourirent. Ce bâtiment était l’un des mieux protégés de Venyce ; en forcer l’entrée avait quelque chose de grisant. Leur but, cependant, n’était pas dans le frisson. Ils devaient impérativement consulter un registre en particulier, un registre hautement confidentiel.

Cao et Haziel éloignés, Vittorio eut un pressentiment. Il y avait deux façons de suivre quelqu’un dans l’éther ; soit utiliser le Sigil pour trouver l’identité du marqué, soit débuter avec une identité afin de localiser le Sigil. Cette dernière approche était bien plus facile. La question venait alors naturellement : Veino, sous la torture, avait-il révélé l’accord passé avec le mage noir ? Et si cette information était passée à l’ennemi ? Cela expliquerait ce « coup de chance » extraordinaire. Les seules personnes susceptibles d’en avoir entendu parler se trouvaient ici, leurs noms soigneusement consignés dans un cahier d’archive. Tout ce que les deux Artistes avaient à faire, c’était d’y jeter un coup d’œil et de ressortir.

Ils arrivèrent dans une salle gigantesque aux airs de cathédrale de métal. De hautes et fines fenêtres laissaient passer une lumière fade qui tombait sur une fourmilière de fonctionnaires affairés derrière des bureaux. Ils triaient, recoupaient des informations et prenaient des dépositions. Sur les côtés, des cellules remplies des prisonniers bruyants occupaient des matons aux gourdins gainés de cuivre. Plusieurs couloirs d’acier comme celui qu’ils venaient d’emprunter partaient dans toutes les directions.

— Prends l’aile K, sur ta gauche, dit Vittorio avec un naturel troublant.

Julianne, qui était en tête, s’étonna :

— Vous êtes déjà venu ici ?

— Quelques fois, répondit son maître, énigmatique.

Ils s’habituèrent rapidement à l’ambiance sombre et à l’effervescence du lieu. Bientôt, ils trouvèrent ce qu’ils cherchaient au fond d’un long couloir poussiéreux. SALLE DES ARCHIVES, annonçait l’écriteau usé. Ils s’arrêtèrent devant un petit office.

— Bonjour, inspection des services. Nous désirons consulter une archive de présence.

Le fonctionnaire qui triait des notes leva la tête. Jeune et pâle, il portait de petites lunettes sur un petit nez.

— Puis-je voir vos papiers ?

Il n’avait pas l’air impressionné.

— Mais certainement.

Julianne lui tendit les deux livrets. Il y jeta un rapide coup d’œil et nota le nom des deux agents dans un registre.

— Quelles dates ? demanda-t-il.

Vittorio lui tendit un morceau de papier.

— Je vois, marmonna le fonctionnaire. Suivez-moi, c’est dans la cinquième rangée à partir du fond. La 5B12A.

Il pressa un bouton et une sonnerie retentit. Une porte s’ouvrit avec un « clong ! » sourd. Ils se retrouvèrent dans une pièce longue et froide où des dizaines d’étagères formaient d’étroites rangées croulant sous le poids de dossiers. Ici étaient conservées toutes les attestations de présence et de mission de ces trois derniers mois. Passé ce délai, on déplaçait toute cette paperasse dans une salle de stockage longue durée.

Ils suivirent le fonctionnaire qui les mena à une table en métal flanquée de deux chaises.

— Vous pouvez vous asseoir. Je vous apporte l’archive en question.

Ils s’assirent et l’autre ne tarda pas à revenir avec un épais cahier.

— Voilà, c’est tout ce que j’ai trouvé pour ces dates. Si vous avez des questions, je suis à côté.

Julianne, totalement dans son rôle, ne lui sourit pas. Elle se contenta de le remercier d’un ton froid.

Les deux polymorphes se mirent immédiatement à la tâche. Ils ouvrirent le cahier et commencèrent à lister les noms. Ils n’avaient pas besoin de prendre des notes, car Vittorio enregistrait tout d’un simple regard. Une très bonne mémoire photographique faisait partie de ses nombreux talents.

D’après le registre, seules cinq personnes avaient interrogé Veino, ce qui était une bonne nouvelle. Moins de suspects égal moins de travail. Ils remirent tout en place et sortir.

— Nous devons maintenant nous procurer les dossiers de nos cinq suspects, dit Vittorio. Reviens à la grande salle et prend la rangée A. C’est le bureau numéro neuf.

Le bureau A09 était occupé par un homme aux cheveux grisonnants et aux cernes prononcés. Il regarda arriver les deux agents avec une pointe de lassitude dans les yeux.

— Bonjour, inspection des services. Nous désirons consulter les dossiers des agents suivant : Pastra Massilia, Bonili Savire, Orius Spadara, Okin Sovaris et Alcide Montineti.

Cette fois, la jeune femme tendit d’office les deux livrets. L’autre la fixa de son regard sombre et grogna.

— Tout doux, ma belle. J’ai simplement besoin de vos noms.

Son ton la mit en colère. Elle l’aurait bien remis à sa place, mais il n’était pas sage de contrarier un fonctionnaire. Il pouvait faire trainer la procédure. Elle se contenta donc de répondre d’une voix monocorde et impersonnelle, fidèle à son personnage.

— Attendez-moi ici, déclara l’homme.

Il revint quelques minutes plus tard avec de fines chemises en papier. Il tendit les documents.

— Droit devant vous puis à droite, vous avez une salle de consultation. Si vous voulez emporter quoi que ce soit, vous devez faire une demande par formulaire auprès de l’autorité de gestion des archives B. Ça risque de prendre un certain temps.

Il avait dit ça avec un petit sourire exaspérant au coin des lèvres. On n’aimait pas l’inspection des services ici, la police des polices, mais on la craignait. C’était le déguisement parfait et les deux polymorphes ne venait pas à Porte Noire pour se faire des amis. Ils partirent donc sans dire un mot.

La salle de consultation était une grande pièce froide et sans charme pourvu de tables en fer ainsi que de chaises. Apparemment, la décoration intérieure n’était pas le fort des services de sécurité. De grosses lampes projetaient une lumière crue et venaient renforcer le côté impersonnel du lieu.

Ils s’assirent et ouvrirent chacun un dossier.

— On cherche le matricule et l’adresse de résidence, dit Vittorio. Le reste n’a pas d’importance.

— Compris.

Julianne ne tarda pas à s’étonner :

— Il est noté ici que l’inspecteur à qui appartient ce dossier est suivi de très près par une unité de soins psychologique. Est-ce pareil pour le vôtre ?

Son mentor lui lança un regard qui voulait tout dire.

— Évidemment. Tous ces hommes sont suivis par une USP, c’est leur travail qui veut cela. Venyce est une cité pleine de dangers et de crimes. Ils voient des choses qu’ils ne comprennent pas, enquêtent sur les plus sordides affaires… Ils doivent apprendre à manœuvrer comme des courtisans tout en faisant un travail de militaire. Ils sont les valets malheureux des services de sécurité ; trop puissants pour supporter la chute, mais pas assez pour s’en prémunir. Ces hommes ne sont déjà pas sains d’esprit au départ…

— Pourquoi ça ?

Il reporta son regard sur le dossier.

— Parce qu’on les recrute tous dans les bataillons spéciaux de l’armée pontificale.

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

2 commentaires sur “Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 39

  1. Merci Explographe pour ce nouveau chapitre que je relis avec plaisir.

    Mais sniff, sniff, des acronymes (USP), des salles avec des numéros, fi !
    Une jolie petite salle avec le nom d’un illustre Venycien, ce serait tellement plus dépaysant…

    Sinon, “seins d’esprit” m’a bien fait rire (où l’esprit va-t-il se nicher); donc “sains”, même si ce ne sont pas de petits saints.

    Je vais vite voir si un nouveau chapitre est arrivé…

    1. Salut, Colophane 🙂

      Ah, les conditions de transmission sur cette île sont épouvantables. J’ai fait la mise à jour aujourd’hui et je me suis rendu compte que je n’avais pas été informé de tes messages. Soit.

      Merci à toi pour tes retours 😉 Les acronymes sont voulus pour faire plus moderne et donc plus”steampunk”, mais ta suggestion sur le nom d’un illustre Venycien me parle !
      Haha, seins d’esprit :p J’en écris des belles parfois^^ Merci pour l’oeil 😉 Je suis en train de remettre tous mes chapitres en forme, donc malheureusement pas de nouveau chapitre avant la semaine prochaine, je pense :/

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