Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 36

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 36, “Oeil pour oeil, dent pour dent (première partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

Veino prit place dans un fauteuil du salon, son pistolet sur les genoux. Il avait choisi une place dans un angle de la pièce si bien que sa tête se trouvait dans l’ombre.

Il n’eut pas à attendre longtemps.

— Ma chérie, appela le Scorpion, j’ai réussi à…

Elle s’arrêta net en découvrant l’eau poisseuse de sang qui inondait le parquet du couloir.

— Gabriella !

Veino l’entendit se précipiter dans la salle de bain. Le cri de douleur et de désespoir qui s’éleva lui hérissa l’échine. Elle assistait à son pire cauchemar, sa crainte la plus viscérale. Elle venait d’être blessée à jamais et il se surprit à en éprouver une compassion masochiste. Il voulait qu’elle souffre, mais cela lui rappelait aussi sa propre blessure. Œil pour œil, dent pour dent…

Il observa quelques secondes de recueillement, à la manière du temps qu’on accorde à la prière d’un condamné à mort, puis se leva. Il découvrit le Scorpion à genou dans le sang de son amante défunte. Ses épaules s’affaissaient en de longs sanglots incontrôlables. Il la mit calmement en joue. Son cœur battait la chamade. Enfin, il se libérait de sa promesse, du mal qui le rongeait à l’intérieur.

Avant qu’il n’ait pu parler, elle se redressa et plus vive qu’un démon roula hors de la pièce. Il tira, mais ses balles ne firent que percer la baignoire. Déjà, elle disparaissait dans la chambre. Par l’enfer ! Quelle est cette sorcellerie ?!

Il couvrit la distance et la vit du coin de l’œil se jeter à travers une fenêtre. Le verre explosa en mille morceaux vermillon. C’était un suicide pur et simple. Pourtant, lorsque Veino se rendit au cadre fracassé il aperçut la tueuse sauter d’une corniche sur un balcon et du balcon à un autre. Bientôt, elle toucherait les pavés de la rue. Sois maudite ! pensa-t-il.

Il grimaça ; son corps protestait déjà à l’idée d’une course poursuite. Il n’avait plus son agilité d’antan. Il maudit qui voulait bien l’entendre et sauta dans le vide. La réception manqua cruellement de style. Un sac de pommes de terre lâché depuis le toit aurait fait mieux. Sa descente ressemblait plus à une succession de chutes heureuses qu’à un parcours d’escalade maîtrisé. Il atteignit enfin le sol de la rue pour voir les talons du Scorpion se perdre dans la brume d’une ruelle attenante.

La douleur, cette vieille compagne, lui vrillait tout le corps. Il y prêta à peine attention et s’élança en avant. La tueuse était certes blessée, mais pouvait encore lui filer entre les doigts. L’idée même l’écœurait au plus haut point.

La ruelle se séparait en deux. Il s’orienta aux pas de sa proie qui résonnaient sur les pavés. Autrefois rompus à l’exercice, ses anciens réflexes revenaient rapidement. Il fila alors un entrelace de venelles sombres et humides sans parvenir à prendre véritablement l’ascendant sur son adversaire. Un murmure monta soudain à ses oreilles. Il n’aima pas ça. Ses craintes se fondèrent lorsqu’il se retrouva dans une large allée en dur bondée de monde. Le Scorpion avait disparu.

Que je sois damné… Il dissimula son arme sous son manteau et chercha frénétiquement la tueuse des yeux. La rue finissait sur un canal. Des gondoles grouillaient sur l’eau et prenaient passants et colis avant de disparaître dans la brume.

Il s’approcha. Elle pouvait se trouver n’importe où. Il remarqua pourtant une trace de sang frais sur la houppelande usée d’un passant. Son regard se porta derrière l’homme, vers le canal. Il repéra par le plus grand des hasards le Scorpion se joindre précipitamment à une file de badauds. Il s’en était fallu de peu. Il referma ses doigts sur la crosse de son arme tout en pressant le pas. Il lui suffirait de l’exécuter par-derrière en la dépassant. La confusion qui s’ensuivrait lui laisserait le temps de fuir.

La tueuse se retourna brusquement, mue une nouvelle fois par ce pressentiment animal qu’on aurait aisément qualifié de surnaturel. Il baissa la tête, mais elle l’aperçut dans son habit sombre. Bon sang ! Il était encore trop loin. Il dégaina tout de même. Le Scorpion réagit très vite. Elle se glissa derrière une femme et lui perça le dos avec une dague. La malheureuse s’effondra et la tueuse hurla de terreur en désignant son poursuivant du doigt.

Dans le chaos qui suivit, un homme de forte carrure barra le passage à Veino. L’assassin l’abattit à bout portant sans même perdre sa cible des yeux. Elle montait déjà dans une gondole en menaçant le batelier. Veino n’avait plus que quelques secondes avant qu’elle ne disparaisse. Il jura et s’élança vers le canal. La garde urbaine intervenait déjà en tabassant tous ceux qui se trouvaient encore debout.

Il y avait une conduite d’évacuation des eaux usées sur la droite dont personne ne semblait se préoccuper. L’eau qui s’y déversait était sale, mais les remous masqueraient l’entrée d’un homme dans le canal. Il plongea sans un regard en arrière et un froid glacial l’enveloppa. Il refit surface pour constater que personne ne regardait dans sa direction. La gondole du Scorpion n’était déjà presque plus visible. Il se hâta de plonger pour reprendre sa filature.

De rue en rue, les canaux les menèrent vers les quartiers riches et en dur de la Bel Fiore. Ils croisèrent plusieurs fois des patrouilles de soldats qui surveillaient la population. Armes bien en évidence, ils se tenaient sur les pontons de manière à voir qui circulait et où. Ils ne s’aventuraient pas dans la brume, c’était les ordres. Le commandement voulait éviter les « accidents inexplicables » qui augmentaient les tensions entre l’armée pontificale et la populace.

L’embarcation s’amarra à un quai et la tueuse en descendit. Veino accéda discrètement au trottoir, à nouveau camouflé par une sortie des eaux usées. C’était amusant de remarquer comme les gens n’osaient pas regarder tout ce qui leur rappelait leurs saletés. Il s’accroupit dans l’ombre.

Un seul fiacre stationnait dans la rue, probablement à dessein. Le scorpion monta précipitamment dans la voiture et le cocher agita ses rênes. Précaution sur précaution, fulmina Veino. C’est elle tout craché, ça. Elle a le don de gâcher mes journées ! Plus de temps à perdre, l’attelage se mettait en branle. Il courut jusqu’à l’angle du passage obligé et fit mine de relacer ses souliers. Une manière grossière qui s’expliquait par son nombre réduit d’options. Lorsque le fiacre passa devant lui, il roula en dessous du véhicule et s’accrocha à ce qu’il put. Se maintenir ainsi sans toucher le sol était très inconfortable, mais indétectable. Il espérait juste que le trajet serait court.

Quelques minutes plus tard, le fiacre s’arrêta à un barrage de l’armée pontificale. Veino aperçut les bottes noires des soldats et craignit qu’on ne le découvre. Heureusement, le cocher possédait à l’évidence un passe-droit et le fiacre reparti aussitôt. Veino souffrait le martyre. Son corps entier menaçait de la trahir. Il serra les dents et se concentra uniquement sur la douleur. Quand les secousses cessèrent, il se laissa choir à terre, fourbu par l’effort. Il vit le Scorpion descendre de voiture et s’éloigner. Il sortit à l’arrière du véhicule, de sorte qu’on ne le voit pas.

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

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