Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 33

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 33, “L’antre du Constructeur (quatrième partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

Le vieil aristocrate soupira. Dix jours, ce n’était vraiment pas confortable pour le travail qui l’attendait. Il s’empara de la feuille et y scruta le sceau. On y voyait une telle beauté, une telle complexité qu’il se surprit à penser que les œuvres du diable rivalisaient étrangement avec celles de Dieu. Leur différence, après tout, ne résidait que dans le but à atteindre ; l’un cherchait à se nourrir de souffrance quand l’autre ne s’alimentait que d’amour. Leurs armes étaient les mêmes, pas leurs intentions. Une binarité du monde présente depuis l’âge du temps.

Le temps justement. Il sortit une montre à gousset. Onze heures, quatorze minutes et exactement trente-quatre secondes. Il la fit disparaître et c’est là qu’il sentit une présence inconnue dans la pièce. Il se retourna lentement et ce qu’il découvrit le glaça d’effroi.

Un petit sourire au coin, c’était son exacte copie qui le regardait. Ciristio mit une main sur sa bouche, incapable même de crier. L’autre parla et ce fut avec sa propre voix qu’il dit :

— Bonjour, Constructeur.

Le vieil aristocrate ne bougea pas d’un cil.

— Vous savez sans doute ce que je suis, n’est-ce pas ?

Il arriva à acquiescer en avalant difficilement. Vittorio s’approcha lentement.

— Alors vous savez de quoi je suis capable.

Il s’assit nonchalamment sur le bureau et s’empara de la feuille sur laquelle était imprimé le sceau. Il le regarda un bref instant avec nostalgie.

— Je ne suis pas venu ici pour vous tuer. Non, ma raison en ces lieux concerne exclusivement ce bout de papier. Néanmoins, j’aurais une requête à vous faire.

— Quelle est-elle ? murmura Ciristio.

Le polymorphe le regarda droit dans les yeux.

— Je voudrais que vous…

L’autre venait de s’élancer vers le coin opposé du bureau. Il pressa un interrupteur. Vittorio se désola, légèrement irrité :

— Ah, vous n’auriez pas dû faire ça.

Il reposa la feuille et se dirigea vers le vieil aristocrate d’un pas menaçant. Avant qu’il n’ait pu l’atteindre, une force prodigieuse le plaqua au sol. Il eut tout juste le temps de réaliser une illusion de la chair afin d’esquiver une longue lame effilée qui se planta dans le parquet.

Au-dessus de lui se tenait un automate de forme humanoïde, renforcé de plaques d’aciers. On ne distinguait aucun de ses circuits ni aucun de ses moteurs, mais il était armé de deux bras tranchants. Vittorio n’avait jamais vu une telle chose et en fut très surpris. Il se remit debout et la machine attaqua. Les lames fendirent l’air et il les esquiva sans difficulté. La concentration du prédateur découvrant une nouvelle proie se lisait dans son regard.

Pourtant, l’automate se montra plus dur à approcher que prévu. Ciristio l’avait conçu dans ce but. Il regardait le combat s’éterniser avec un sourire satisfait sur les lèvres. Le temps jouait en faveur de son assassin mécanique. Au début, il essaye de prendre son adversaire par surprise. Puis, lorsqu’il voit que cela devient impossible, il reste sur la défensive. L’adversaire, bien sûr, le croit stupide ou défaillant et attaque, mais la machine enregistre tout jusqu’à repérer un schéma. Elle l’analyse et y trouve la faille. Elle frappe ensuite une deuxième fois, toujours la bonne.

Vittorio s’essoufflait. Il fronçait les sourcils, signe d’une intense concentration et d’une frustration grandissante. Il tenta une énième botte, puis une autre, en vain. Enfin, son visage s’éclaira. Il esquiva sur la droite, roula sur le sol en cachant son visage avant de se relever. L’homme qui se tenait devant l’automate avait changé. Il était bien plus jeune et plus joufflu. La machine hésita. Ses rouages cliquetèrent un instant puis elle se rua sur lui avec une brutalité toute mécanique. Vittorio comprenait qu’elle devait recommencer sa mémorisation à chaque fois et cela la poussait à attaquer en aveugle. Il se métamorphosa encore et encore jusqu’à voir une ouverture. L’automate venait de rencontrer du vide et était déjà en train de retirer son bras. Ce fut néanmoins suffisant pour le polymorphe. Il sauta en l’air, passa sur le côté de son adversaire et, la main en pointe acérée, lui transperça la tête de part en part. La machine se figea, ses rouages se bloquèrent et elle demeura debout, aussi immobile qu’une statue.

Ciristio tenta de s’enfuir devant le désastre, mais Vittorio fondit sur lui et le stoppa de justesse à la porte.

— Je ne ferais pas cela si j’étais vous.

Le vieil aristocrate ferma les yeux et pinça les lèvres de frustration.

— Très bien, que voulez-vous ?

— Si on s’asseyait sur un de vos splendides fauteuils d’abord ?

Il obéit. Vittorio s’assit à son tour en s’époussetant.

— Donc, disais-je, j’ai une requête à vous faire. Je ne pourrais trop vous conseiller de l’écouter attentivement et de ne plus m’interrompre avec vos pièges.

Il reprit l’apparence du vieil aristocrate et celui-ci en devint blême.

— Ma requête consiste au fait d’envoyer vos deux amis sur une fausse piste.

Ciristio le dévisagea. Le polymorphe affichait le sourire compatissant de celui qui ne doute pas de sa victoire. Une colère sourde monta en lui et elle balaya sa peur. Il repensa à Cao, à tout ce qu’ils avaient enduré ensemble au service de Dieu. Cette demande était un affront, ici, dans sa maison.

— Jamais je ne les trahirais, cracha-t-il avec défis.

Vittorio haussa un sourcil, impressionné par l’air stoïque qu’affichait le vieil aristocrate. Il ne se départit pourtant pas de son sourire.

— Vraiment ? Je doute que nous ayons du temps à perdre, vous comme moi. Savez-vous pour qui je travaille ?

— Assurément pour une guilde très puissante. Cet endroit est réputé confidentiel. Les Cacciatores ?

Vittorio rit.

— Nous ne jouons pas dans la même cour, eux et moi, mais votre réponse n’est pas dénuée de bon sens. Cependant, je crois que vous connaissez mon employeur.

Il approcha son visage tout près de celui de Ciristio et murmura d’une voix rauque :

A pasahasa de a goaal om elasa.

La détermination disparue, mais pas la colère. La peur la remplaça peu à peu jusqu’à envahir complètement ses traits. Ciristio tremblait. Il connaissait ces mots perdus au fond de ses cauchemars. Il les craignait plus que tout au monde. Il se trouvait des endroits où même Dieu ne pouvait vous venir en aide, des Arcanes si sombres que la lumière ne pouvait s’y infiltrer. Les enjeux devaient être colossaux pour qu’elles viennent à Venyce. Il ne résista pas longtemps.

— C’est entendu, dit-il tout doucement.

— Parlez plus fort.

Le polymorphe jubilait.

— C’est entendu, je ferais tout ce que vous me demanderez.

La honte et la tristesse se lisaient sur son visage, il aurait voulu se pendre. Malheureusement, la mort ne vous débarrassait pas de votre dette envers ces gens-là. Ils pouvaient atteindre votre âme et la rendre débile. Il pensa au rituel de résurrection et se maudit de ne pas y avoir vu leur main plus tôt. Qui d’autre pouvait tenter et réaliser une telle folie ?

— Je veux que vous formuliez une fausse conclusion à votre rapport et qu’ensuite vous oubliiez tout de cette histoire, ma visite comprise. Cela va de soi.

Le vieil aristocrate le regarda d’un œil mauvais.

— J’aurais besoin de la feuille.

— Vous ne l’aurez pas. Cao est votre plus fidèle ami. Il ne remettra jamais en question votre travail, car il a entièrement confiance en vous.

Un silence tendu s’étira entre les deux hommes.

— Soit, concéda Ciristio, mais il n’en sera pas de même pour son traqueur, le capitaine Haziel.

— Il obéira à son supérieur, croyez-moi.

Il n’avait plus d’excuse.

— Sommes-nous donc bien d’accord ? Jamais le Saint-Siège ne doit apprendre quoi que ce soit d’autre sur le Sigil.

Ciristio acquiesça à contrecœur, la mine sombre.

— Parfait, je vous savais raisonnable. J’espère ne plus jamais avoir à vous revoir, vraiment. Cela serait terriblement regrettable pour cette ville.

— Le diable vous emporte !

— Laissez le diable à ceux qui le craignent, Constructeur. Utilisez plutôt le temps qu’il vous reste à honorer votre génie et votre engagement.

Vittorio se dirigea vers la porte. Il se retourna au dernier moment.

— Souvenez-vous bien de ce que je vous ai dit.

Ciristio frémit et le polymorphe disparut.

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

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