Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 27

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 27, “Le prix de la renaissance (première partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

— Ah mort ! Ah mort ! Ah mort !

La foule scandait ces mots avec la force de conviction du juste et la haine du diable en personne. Il revoyait tous ces visages, les traits déformés par la colère et la tristesse. Il sentait la lourde corde de chanvre peser sur ses épaules et lui irriter le cou. Il percevait son propre sang couler dans ses veines avec la rage du désespoir comme si chaque fibre de son être savait sa fin imminente. C’était une sensation insupportable, une démangeaison de l’âme.

Il lui sembla un instant voir un petit scorpion luisant remonter le long de son bras. Il tenta d’épousseter sa manche, mais ses poignets se trouvait solidement liés dans son dos. L’animal se matérialisa sur son épaule et chercha la carotide avec la lente méticulosité du prédateur. Il sentit les pores de sa peau craquer lorsque le dard frappa. La douleur suivit, fulgurante. Elle rampa jusqu’à son cœur et le l’atteignit avec une telle force que le sol se déroba sous ses pieds. Il chuta, toujours plus vite, toujours plus lourd dans un puit de ténèbres. L’attente était insupportable. Elle prit fin au son d’un claquement lugubre. Crack ! Sa nuque se brisa et il resta là, à pendre comme un pantin désarticuler dans le vide.

Veino se réveilla en sursaut, une grosse nausée le prenait aux tripes. Sans réfléchir, il regarda de côté et aperçu juste à temps un seau que quelqu’un avait eu la bonté de laisser là. Il s’en empara et vomit de tout son saoul dedans.

Encore un cauchemar. Il se passa une main sur le visage. Sois maudite, pensa-t-il. Bénit soi le jour où je t’ouvrirais la gorge. Ses doigts se mirent à trembler. Voilà plusieurs semaines qu’il s’était réveillé d’une longue série de crises de démence. La haine se trouvait toujours là, tapie et prête à resurgir, mais il arrivait désormais à la contrôler.

Ses songes, en revanche, continuaient de le torturer toujours de la même façon. Le mal avait l’embarras du choix et piochait allégrement dans ses souffrances passées. Montineti, le scorpion, la foule, ils prenaient chacun un malin plaisir à lui rappeler sa chute. Julianne l’aidait à dompter son esprit, mais le travail était laborieux. Sa mémoire comme sa condition physique lui revenaient douloureusement.

Il ne savait quoi encore penser de la jeune femme. Elle était diplomate et savait ce qu’elle faisait, pourtant il ne lui faisait pas confiance. Leur première rencontre se rappela à son esprit.

— Bienvenue parmi les vivants, déclara Julianne avec un grand sourire.

Elle se trouvait assise à l’autre bout d’une longue table dans la salle à manger du manoir. Sur la nappe blanche et or, un bol de nourriture laissait échapper un doux fumet. Veino s’avança, les poings serrés. Son estomac criait famine et son humeur massacrante hurlait intérieurement avec lui.

Malgré son sourire, les yeux bleus de la jeune femme restaient froids et interrogateurs. Ils ne cillèrent pas sous le regard sombre du nouveau venu.

— Vous m’avez l’air bien jeune et jolie pour mériter pareil endroit, déclara-t-il en s’asseyant lentement. Quel genre de monstre êtes-vous, dites-moi ?

Son corps le faisait souffrir et il ne pouvait marcher seul que depuis une poignée d’heures. Il huma le potage. Julianne l’observait attentivement comme si chacun de ses gestes et chacune de ses paroles revêtaient une signification importante.

— Je suis le genre de monstre qui peut vous comprendre et vous aider. Mangez lentement, cependant, ceci est votre premier vrai repas depuis un certain temps et votre estomac pourrait en éprouver quelques difficultés.

Veino, qui avait attaqué le plat sans réfléchir, se figea. Le souvenir douloureux de ses crises intestinales de la veille lui souleva le cœur. Son corps reprenait ses marques gauchement, un peu à la manière d’un amnésique avec son passé. Il reprit plus lentement.

— Je doute que vous compreniez quoi que ce soit à la souffrance. Je me trouve dans le corps d’un cadavre, ma nuque s’est brisée sur l’échafaud. J’ai l’impression d’être partagé entre l’enfer et la terre, l’un et l’autre ne me semble plus former qu’un. Je ne sais pas ce que le mage noir espère de vous, mais vous échouerez très probablement.

Julianne perçut l’angoisse derrière la colère de ces mots.

— Ce que vous vivez est… inhabituel. Votre esprit rejette en partie votre corps. Il en a été chassé et éprouve des difficultés à se sentir à nouveau chez lui. Dans un premier temps, concentrez-vous sur les sensations, les souvenirs de vos mains en mouvements, par exemple. Les réflexes moteurs sont présents, mais vous avez encore du mal à les accepter.

Veino observa attentivement ses doigts se mouvoir. Une gêne étrange le désorientait. Il avait l’impression d’observer le corps de quelqu’un d’autre à travers les yeux d’un étranger. Plus il y pensait et plus cette sensation s’amplifiait. Il s’efforça de détourner le regard.

— Vous semblez très bien informée. Qui êtes-vous ?

La jeune femme inclina légèrement la tête.

— Je m’appelle Julianne. Je suis l’apprentie de maître Vittorio et je vais veillez à ce que votre retour parmi nous se déroule sans complications inutiles.

— Complications inutiles ?

Veino haussa un sourcil. Julianne sortit une dague qu’elle posa bien en évidence sur la table.

— Je vais vous l’expliquer avec un exemple, ça sera plus facile.

Veino se raidit en apercevant l’arme. Quelque chose dans son esprit se réveilla, un réflexe profond et ancien. Danger ; écoute et observe. Puis tue. Cette voix, il ne la connaissait que trop bien ; sa meilleure amie, son ange de la mort. Il fixa Julianne. Son regard avait le calme reptilien d’un serpent examinant sa proie. La jeune femme ne sembla pas s’en émouvoir.

— Vous reconnaissez cet objet, j’en suis sûre, déclara-t-elle.

Veino tiqua. Certains souvenirs lui revinrent, sanglants et brutaux.

— C’est une dague. On s’en sert pour tuer.

— En effet.

Elle fit alors glisser l’arme d’un geste sec dans sa direction. Tout aussi vif, il la réceptionna en pleine rotation, main sur le manche gainé de cuir. La sensation était familière, plaisante même. La douleur de ses articulations malmenées vint ensuite. Il grimaça.

— Je vous parlais de complications inutiles. Cette dague illustre bien cela. D’un côté le tranchant, dangereux, et de l’autre le manche qui donne les ordres. Votre corps et votre esprit sont dans cette même configuration.

Veino reposa la dague, perplexe.

— J’ai du mal à vous suivre.

— Vos sensations et vos reflexes ne sont pas encore accordés avec votre perception consciente. Vous aurez du mal à vous contrôler pendant une certaine période de temps. Il y a un risque que votre cerveau n’assimile pas correctement votre mémoire musculaire héritée de votre vie passée. Cela reviendrait à saisir la dague par le tranchant. Je vais vous accompagner et vous entrainé afin que vous repreniez possession de vos moyens sans vous blesser.

— C’est une métaphore, ajouta-t-elle comme il la regardait les sourcils froncés.

— Evidemment.

Un sourire fendit son visage.

— Rien de bien compliqué en somme. Je meurs, je vis et mon corps n’en fait qu’à sa tête. Tout s’explique, merci infiniment.

Il rit nerveusement. Ce genre de saute d’humeur était normal. Julianne adopta une posture rassurante, les mains bien à plat sur la table.

— Veuillez excuser mon verbiage, j’ai tendance à être trop scolaire. Ce que je veux dire, c’est que vous ressentez des choses que vous ne comprenez pas. Je vais vous aider à appréhender tout cela. Je suis de votre côté.

Ces derniers mots firent émerger des bribes de souvenirs dans l’esprit de Veino. Un canapé rouge, un homme aux traits avenants et à la bonhomie rassurante, des gestes simples. Un entrainement de contre interrogatoire psychologique.

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *