Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 24

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 24, “Un réveil inattendu (deuxième partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

Il tenta de se lever, mais ses jambes faillirent et il s’effondra. Il fulmina alors en se trainant vers la table d’autopsie. Le mage noir lui posa une main sur l’épaule.

— Veino, il te faut reprendre des forces. Arrête-toi.

— Ah, épargnez-moi vos foutaises et vos petits jeux psychologiques. Je sais parfaitement qui je suis. Vous n’avez pas idée de ce que j’ai dû traverser pour me réveiller dans ce laboratoire sordide. J’ai besoin de prendre l’air, avec votre aide ou sans, peu m’importe. Je vous déconseille d’essayer de m’en empêcher.

Il laissa sa menace en suspens pour goûter son jeu de mots. Il se tourna vers le mage noir, un sourire de dérangé aux lèvres.

— Prendre l’air, vous saisissez ? J’étais mort et les morts ne prennent jamais l’air. Maintenant, je suis vivant. Ça change tout.

Le mage noir le dévisagea attentivement. Il devait terminer l’opération afin d’écarter le risque d’un décès définitif du ressuscité, mais son équilibre psychique pouvait basculer dans la folie au moindre traumatisme supplémentaire. Il dissimula donc dans ses habits la seringue dont il s’était discrètement emparé sur le sol. Ce n’était pas le bon moment.

— Tu as raison. Après une telle épreuve, rien de mieux qu’une petite sortie. Je vais t’aider, contente-toi de respirer calmement.

Il passa le bras du ressuscité sur ses épaules et se leva lentement. Veino gémit, mais se mordit bien vite la langue. Son esprit paraissait certes instable, mais n’avait rien perdu de sa vivacité et de sa morgue.

Le mage noir le plaça sur un fauteuil roulant qui trainait dans un coin. Il était vieux et couvert de poussière, mais ferait l’affaire. Il banda rapidement la main blessée sans toutefois désinfecter la plaie ; il ne comptait pas s’éterniser en haut. Il conduisit Veino jusqu’à l’ascenseur et pressa le bouton menant à l’observatoire. Les portes de la cabine se refermèrent, leur laissant pour toute lumière une ampoule fatiguée. Les ombres jouaient sur la peau pâle et bleuie du ressuscité qui fixait ses pieds, les yeux hagards, la respiration saccadée. Le mage noir l’observait attentivement. Il se préparait à intervenir d’urgence si son cœur s’arrêtait. Un carillon leur annonça l’étage voulu sans incident.

— La lumière du jour te semblera inconfortable, avertit le mage noir.

Ils pénétrèrent dans l’observatoire. Des rais de lumières tombaient de hublots qu’un mécanisme ingénieux permettait d’ouvrir ou de clore sur commande. Veino n’eut pas le loisir de profiter du spectacle puisqu’il ferma instinctivement les yeux.

Vittorio s’affairait sur une petite machine à l’allure d’un scarabée, penché sur un établi. Il resta bouche bée en voyant son maître et l’élu, plus proche du cadavre que de l’homme. Il laissa son travail pour accourir auprès d’eux.

— Par Morphê, Archonte, que fait-il ici ?!

— La porte, se contenta d’ordonner le mage noir.

Le polymorphe s’exécuta prestement et actionna un levier. De fins panneaux d’aciers s’écartèrent à la manière des pétales d’une fleur sous la rosée. L’entrée découvrait une terrasse qui faisait tout le tour de l’observatoire.

Le mage noir mena Veino près de la balustrade en pierre, témoin d’une grandeur passée. Les jardins qui s’étendaient devant la demeure souffraient de l’abondons de leurs maîtres et ne présentaient plus qu’un parterre brouillon de fleurs sauvages et d’arbustes épineux. La vue, elle, gardait cette majesté, même dans l’âge.

Le manoir était bâti sur les hauteurs de la ville, de sorte qu’on pouvait apprécier le spectacle qu’offraient les quartiers du Grande Leone. La cathédrale Saint Letitiae tendait les bras vers les cieux et les touchaient presque du bout de ses doigts raffinés. Sa sœur et concurrente directe, la bibliothèque du Saint-Siège, n’en était pas moins belle, mais avait choisi de s’imposer en largeur. Par contraste, Porte Noire siégeait tout au nord, comme un bloc de roche gigantesque tombé du ciel. À côté de ces géants, le palais du cardinal et la place Piasotto dominée par le palais Dei Morti apparaissaient tout petits, tels des joyaux délicats couverts d’or. Tout autour se dressaient des bâtiments luxueux qui formaient à proprement parler les quartiers gouvernementaux du Grande Leone. Entre eux se faufilaient les artères piétonnes ainsi que les routes de communication pour les voitures et les bateaux. En suivant du regard la Vicciotta qui serpentait tel un reptile en territoire conquis, on discernait la mer au loin.

Veino inspira profondément. Cet air salin si caractéristique de Venyce lui avait manqué. Il se frotta les yeux et se força à les ouvrir. Il plaça une main en éventail pour se protéger du soleil.

— Te revoilà enfin, maudite citée, murmura-t-il. Ta beauté trompeuse cache admirablement bien tes vices…

Il arrêta sa tirade philosophique, car quelque chose attirait son attention. Par la Volonté, se réprimanda le mage noir, il n’est au courant de rien des derniers événements. Puisse le choc ne pas lui être fatal.

En effet, des masses grouillantes d’hommes et de femmes se déversaient dans les rues et assombrissaient ce coin de la ville. Leur colère se répercutait en écho sur les murs en un grondement sourd. Tout était à l’arrêt ; on avait mis le feu aux fiacres ainsi qu’aux remorques transporteuses qui dérivaient mollement sur les eaux des canaux. Des barricades de fortune se voyaient la cible d’escarmouches violentes entre force de l’ordre et émeutiers. La place de la mairie du district Saint-Julien, en particulier, était assaillie par la foule que des centaines de gardes pontificaux ainsi que des mercenaires contenaient difficilement. Des drapeaux rouges de la guilde des Fils d’Ignis flottaient fièrement sur les toits des bâtiments conquis.

— C’est donc la guerre civile ? interrogea Veino. J’ai l’impression d’être parti hier et voilà que je reviens pour trouver les rues pleines de sang. Au moins, l’air du temps s’accorde avec mon humeur.

— Le Saint-Siège a dissout le parlement, ce qui a provoqué la colère des guildes. Il ne pouvait permettre une insurrection armée et a dû agir dans la précipitation. La population tolère mal le couvre-feu en vigueur, car le commerce en pâtit sévèrement. La fin des guildes aristocrates présage le pire. Un nouvel ordre va devoir être trouvé.

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

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