Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 21

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe.

Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1 (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil) :

https://les-chroniques-d-aencre.com/novus-ordo-venyce-tome-1-chapitre-1/

Bonne lecture et n’hésite pas à me dire en commentaire ce que tu en penses et ce que je pourrais améliorer.

 

Le mage noir ne répondit pas tout de suite.

— Le Saint siège a dissous le parlement, finit-il par dire, ce qui a provoqué la colère des guildes. Et ceci n’est que le début d’une longue descente aux enfers. Mais toi et moi pouvons faire en sorte que les morts cessent.

Surprit par l’altruisme soudain du pactiseur de démons qui se tenait à côté de lui, Veino demanda, méfiant :

— Qu’avez-vous à y gagner ?

Le mage noir se tourna vers lui.

— Pourquoi tiens-tu à le savoir ?

Bien sûr, il répondait à une question par une question.

— Pour rien, ce n’est pas mon problème de toute façon. Mais si même moi je trouve qu’un peuple qui a besoin d’un artefact vivant pour éviter les charniers ne mérite aucune compassion, alors je me demande bien comment vous pouvez en avoir.

— Je doute qu’un Sans-Nom puisse comprendre.

Celui-ci esquissa un sourire amer.

— Par ce que vous pensez être un saint ?

L’autre ricana et l’air s’électrisa encore un peu plus autour de lui.

— Bien sûr que non. Mais tu as tout de même raison sur un point : les venytiens réagissent de manière très violente, et ce de tout temps dans l’Histoire. C’est comme si ce peuple, à partir d’une certaine taille, devenait l’ingénieur de sa propre destruction. De prime abord, on pourrait penser que cela ne dépend que d’une simple règle mathématique. Le nombre augmente la concurrence entre les individus et donc les risques de frictions.

Veino n’avait rien à redire à cela. Le mage noir regarda au loin.

— Néanmoins, je ne pense pas que ce soit la raison principale d’un tel comportement. Pour moi, cette cité fonctionne selon un système qui pousse à la confrontation. La vassalité ainsi qu’un ordre hiérarchique strict, couplé à une idéologie marchande guerrière, fait qu’un nombre limité de personnes peuvent déclencher de grandes guerres au détriment de l’intérêt général.

— Les hommes font la guerre depuis toujours, fit remarquer Veino. C’est dans leur nature d’être doué d’une trop grande intelligence au service du pouvoir. Et rien n’arrête un conditionnement pareil, pas même les meilleures attentions du monde.

Le mage noir posa son regard sur le ressuscité. Il le toisa :

— C’est là une erreur que bien des hommes font, Veino, car ils ne connaissent leurs semblables qu’au travers de l’action. On ne peut pas observer un feu de l’intérieur, on se brule avec nos conclusions. J’ai observé les hommes de l’extérieur pendant très longtemps et je peux te dire que les humains n’aiment pas la guerre. Seuls certains l’adorent au point de l’ériger en dieu. Et ce sont eux qui par leur désir malsain de domination entrainent les autres dans leur folie.

De tels mots venant d’un être si vil surprirent Veino. Mais il se rappela que l’autre devait sans doute être un manipulateur hors pair.

— Peut-être que vous avez raison ou peut-être pas, cela m’est égal. Cette cité m’a tellement pris qu’elle m’indiffère désormais. Il n’y a plus qu’une seule chose qui compte à mes yeux.

Le mage noir hocha lentement la tête.

— Je comprends, dit-il.

Veino reporta son regard sur les émeutes. Les gardes reprenaient du terrain, mais déjà des groupes de révoltés armés se positionnaient en embuscade. Le sang avait été versé et la roue de la vengeance tournait maintenant à vive allure. Des renforts allaient arriver d’autres districts, mais cela n’arrêterait pas tous ces gens. Non, ce sont les services secrets qui feront le vrai travail. Les agents assermentés servaient juste à gagner du temps.

Porte Noire avait d’ailleurs un département entièrement dédié à ça, la gestion des foules par l’ingénierie sociale. Cela consistait, dans ce cas précis, à éclater le mouvement contestataire en fragments afin de pouvoir les monter les uns contre les autres. Pour cela, on repérait et faisait ressortir les désaccords au sein du groupe ou on cherchait à minimiser ce qui faisait sa cohésion. Grâce à des agents infiltrés, on lançait une grande campagne de désinformation et des actions sous fausses bannières. Diviser pour mieux régner.

Régner, une belle saloperie, se dit Veino. Et il réalisa qu’il avait menti à son nouveau maître. Il ne s’en fichait pas totalement de tous ces gens, car il ressentait de la colère à leur encontre. C’était un sentiment de gâchis enfoui profondément dans son cœur, là où il évitait d’aller.

— Te rappelles-tu de ton engagement envers moi ? s’enquit le mage noir.

C’est avec un regard de braise que le concerné répondit, se rappelant en même temps pourquoi il se trouvait là :

— La souffrance a cette faculté de rendre la mémoire aussi tranchante qu’une lame de rasoir. J’espère bien que la votre ne s’est pas émoussée !

Le mage noir le fixa un instant, pas impressionné le moins du monde par le ton venimeux de son interlocuteur.

— Tu auras ta vengeance, pour peu que tu fasses ce que je te dis.

Veino sursauta.

— Ce n’était pas les termes de notre contrat !

Le ciel se déchira à ce moment. La tempête venait de submerger les cieux de ses lourds nuages noirs et tout devenait plus sombre. Une brassée de vent souffla et la pluie se mit à frapper le sol. L’horizon devint filandreux, mais Veino voyait tout de même l’averse prendre la couleur du sang dans les rues au loin.

Des torrents carmin coulaient depuis les trottoirs entre les pieds de combattants. Comme prévu, les gardes se faisaient maintenant massacrer. Des milices rouges de la guilde des Fils d’Ignis, très présent dans cette partie-ci de la ville, armaient les émeutiers. Pour ne rien arranger à la situation des gardes, la plupart des gens qui se trouvaient là-bas devaient lui appartenir.

— Tu me sers six pleines lunes et en échange tu peux te venger. N’était-ce pas là ce qu’on avait décidé ?

Veino serrait les dents de rage.

— C’était ce dont on avait convenu, mais ma vengeance n’était pas au conditionnel. Je la veux et ensuite je vous servirais. Plus le temps passe et plus la personne que je cherche risque de disparaître.

Le mage noir ricana.

— Par Celle-qui-pleure-en-enfer, tu n’es qu’une loque et tu oses négocier. Pas mal pour quelqu’un qui renvient juste d’entre les morts.

Pris au dépourvu par le test, Veino demanda :

— Alors on est d’accord, ma vengeance contre mes services ?

— Ta vengeance contre tes services, oui. Mais garde ceci en tête ; si tu ne respectes pas les termes de notre contrat, sache que je sais beaucoup de choses sur toi, sur ton passé ainsi que sur les êtres qui étaient chers à tes yeux. Crois-moi, tu ne voudrais pas que je leur rende visite.

Veino sentit son corps devenir glacé et ce n’était pas à cause de la pluie qui le trempait. Ce démon n’aurait quand même pas le pouvoir de… ?  s’exclama-t-il intérieurement, le visage blême de peur et de dégout. Il avait très bien compris la menace et pensait le mage noir capable de la mettre à exécution. Il ferait ce qu’il lui dirait.

— Rentrons, dit celui-ci.

Il l’emmena dans le salon à l’aide du fauteuil roulant. Il faisait bon chaud à l’intérieur, car quelqu’un avait allumé un feu dans la cheminée et on entendait les craquements du bois. C’était réconfortant.

Le mage noir donna ensuite une couverture au ressuscité avant de s’assoir face à lui. L’ancien Sans-Nom n’était plus que l’ombre de lui-même, maigre et en piteux état. Il ne pouvait pas le sentir, car son corps se trouvait rempli d’anesthésiants, mais il avait de multiples fractures et autres lésions plus ou moins graves partout où il était possible d’en avoir. Sa peau terne confirmait que sa vie ne tenait qu’à un fil.

— Tu te sens faible.

Ce n’était pas une question. Veino acquiesça.

— Je me sens si faible que je doute de pouvoir vous servir à quoi que ce soit.

Le mage noir se cala bien au fond de son fauteuil.

— Ne t’inquiète pas pour ça, bientôt tu seras remis. Tu te trouves actuellement dans la phase de réveil. C’est un moment très difficile, mais pas si dangereux que cela. Le plus dur a déjà été fait.

Il mentait. Un éclair zébra soudain le ciel. L’orage se déchainait à l’extérieur, la pluie battait les grandes vitres du salon.

— Comment allez-vous me guérir ? s’enquit Veino.

— Eh bien, la troisième phase est justement la phase de guérison. Je vais “réparer” ton corps et dans une semaine tu pourras marcher à nouveau.

— Combien y a-t-il de phases en tout ?

— Si tout se passe bien, il y en a quatre.

— Et quelle est la quatrième ?

Le mage noir sembla choisir ses mots.

— C’est la meilleure et la pire de toutes. Tu redécouvriras le plaisir de te mouvoir, mais ton corps te fera atrocement souffrir.

— Charmant.

— C’est le prix à payer.

Veino médita ces dernières paroles. Il avait encore beaucoup d’épreuves à passer avant de pouvoir renaitre et il ne savait pas s’il en aurait la force. Quel genre d’homme était capable de s’infliger ça ?

C’est là que le visage du Scorpion lui apparut en mémoire. Tellement belle et pourtant si détestable, cette femme s’était maudite le jour où elle lui avait pris le dernier être cher à ses yeux. Le brasier de haine qui s’alluma en lui fit de sa volonté un tison brulant et cela suffit à le convaincre qu’il irait jusqu’au bout.

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