Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 20

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe.

Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1 (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil) :

https://les-chroniques-d-aencre.com/novus-ordo-venyce-tome-1-chapitre-1/

Bonne lecture et n’hésite pas à me dire en commentaire ce que tu en penses et ce que je pourrais améliorer.

 

 

Le Sans-Nom le regarda un petit moment d’un air hébété ; il ne savait pas comment se présenter. La guilde ne donnait pas de nom à ses assassins afin qu’ils ne deviennent personne et tout le monde à la fois. D’habitude, il avait en permanence une fausse identité à fournir, mais là il bloquait. Puis, il se souvint du prénom qu’il avait toujours gardé dans son cœur. Le vestige de l’humanité qu’il avait perdu bien trop tôt. Le visage sous le masque de ses masques.

— Veino, lança-t-il. Vous pouvez m’appeler Veino.

Ces mots lui restèrent sur la langue de façon étrange. C’est comme s’ils n’arrivaient pas à glisser correctement à travers la prononciation particulière d’un langage sophistiqué. Vittorio s’exclama :

— Enchanté de vous rencontrer, Veino. Je sais combien la situation doit vous paraître étrange en l’état actuel des choses et combien les questions doivent éclore en votre pensée. C’est pour cela que je vous invite à un effort qui, je l’espère, abreuvera votre soif de réponses.

Veino le regarda, légèrement ébahi, et un sourire lui monta au coin. Le nouveau venu croisa son regard.

— Qu’y a-t-il ?

— N’y voyez aucune moquerie de ma part, mais vous parlez toujours comme ça ?

L’autre sourit à son tour de ses dents parfaitement droites et d’une blancheur éclatante.

— Surprenant, n’est-ce pas ? Les dérives d’une jeunesse passée sur les planches d’une scène à radoter, des plus prudes paroles aux plus obscènes.

Puis il ajouta d’un geste de la main :

— Simple déformation professionnelle. N’y faites pas attention.

— Je m’y efforcerais, répondit Veino en essayant de se lever.

Mais son corps ne lui obéit pas et il dû se rendre à l’évidence, la force de se mouvoir l’avait quitté. Vittorio, observateur et alerte, s’empressa de le rassurer :

— Ne vous inquiétez pas, c’est normal.

Et il écarta un rideau pour faire apparaître un fauteuil roulant.

— Je vais vous aider, comme cela ça sera plus facile.

Le polymorphe souleva Veino comme s’il ne pesait rien et l’installa sur le fauteuil roulant. Cela le frustra plus que de raison. De tout temps, son corps avait été un véhicule adapté. Il commandait et la machine obéissait. Mais là, il n’était plus qu’une loque, incapable même des mouvements les plus élémentaires. Il avait la sensation d’être coincé et impuissant dans une enveloppe plus de papier que de chair.

Vittorio l’emmena au travers de longs couloirs sombres et silencieux. Ils se trouvaient dans une sorte de manoir ou une maison de maître. La décoration était minimaliste, mais les lieux, entièrement équipés en électricité, démontraient la richesse de son propriétaire. Ils finirent par arriver dans un vaste salon avec comme plafond une énorme coupole. La pièce donnait sur un grand balcon pourvu d’une balustrade en pierre. Les dalles de marbre clair qui le recouvrait contrastaient avec le bois sombre du parquet.

Tout était parfaitement rangé et bien à sa place. Plusieurs bureaux indiquaient que l’endroit servait de lieu d’étude. De grandes fenêtres déversaient une lumière vaporeuse sur l’ensemble pour finir par atteindre une imposante bibliothèque. Des tableaux paraient les murs de la pièce et deux fauteuils permettaient de discuter en toute intimité. Veino remarqua aussi dans un coin une petite fontaine à tête de lion qui crachait tranquillement son eau dans une bassine.

En faisant revenir son regard vers les fenêtres, il aperçut quelqu’un sur le balcon, les mains posées sur la balustrade. Grand et le visage encapuchonné, l’individu se tenait bien droit. C’était le mage noir. Le ciel se montrait torturé, mais laissait passer par endroits les rayons du soleil. Cela donnait l’impression qu’on avait allumé des lampes au fond d’un océan. Le temps était étrange même pour Venyce, une tempête venant de la mer devait se préparer.

Vittorio emmena Veino jusqu’au maître indéniable de ces lieux en prenant bien soin de ne toucher à rien. Il bloqua les roues du fauteuil puis partit.

Dans le silence qui suivit, un bourdonnement à peine plus fort qu’un murmure monta aux oreilles du ressuscité. On aurait dit le chant d’une foule, les cris de colères d’une horde. Un nuage passa et soudain, des coups de fusil éclatèrent comme des pétards mouillés au loin. La colère se transforma en peur et les cris se firent plus aigus. Interloqué, il observa l’horizon.

La demeure du mage noir était bâtie légèrement en hauteur, de sorte qu’on avait une belle vue sur les quartiers de ce côté-ci de la ville. On ne distinguait pas la mer, mais on pouvait presque la deviner en voyant la Vicciotta serpenter tel un reptile en territoire conquis. La cathédrale Saint Letitiae tendaient les bras vers les cieux et les touchaient presque du bout de ses doigts raffinés. Sa sœur et concurrente directe, la bibliothèque du Saint siège, n’en était pas moins belle, mais avait choisi de s’imposer en largeur. Par contraste, Porte Noire siégeait tout au nord, comme un bloc de roche gigantesque tombé du ciel. Tout autour se dressaient des bâtiments luxueux de différentes tailles qui formaient à proprement parler les quartiers gouvernementaux du Grande Leone. Entre eux se faufilaient les artères piétonnes ainsi que les routes de communication pour les voitures et les bateaux.

Mais aujourd’hui, quelque chose de terrible assombrissait ce coin de la ville. Des masses grouillantes d’hommes et de femmes se déversaient dans les rues. Leur colère se répercutait en écho sur les murs. Tout était à l’arrêt, on avait mis le feu aux fiacres ainsi qu’aux remorques transporteuses et désormais, s’ajoutait encore à ce chaos des coups de feu qui venaient de partout. En observant plus attentivement, Veino remarqua un foyer de résistance légèrement sur la gauche. La place de la mairie du district Saint Julien était assaillie par la foule. Des centaines de gardes pontificaux ainsi que des mercenaires contenaient difficilement les émeutiers. En effet, c’était eux qui avaient ouvert le feu un instant plus tôt et déjà les civils succombaient par dizaines sous les balles des armes automatiques. Il s’en était suivi un effet domino et les agents assermentés, où qu’ils soient, avaient appuyé sur la gâchette. De l’autre côté, on tentait de fuir, mais le poids du nombre mettait en échec la manœuvre. Les gens se rentraient dedans et se marchaient les uns sur les autres, c’était la panique générale. Veino se tourna vers le mage noir.

— Mais que se passe-t-il ?!

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