Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 17

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière dans l’aventure Novus Ordo.

Voilà le chapitre 17, “Le rituel (troisième partie)”. Si tu viens d’arriver dans l’aventure, je te conseil de commencer par le chapitre 1, ici. (Comment ça, c’est évident ? Il est très bien mon conseil.)

Bonne lecture 😉

Ils pénétrèrent dans la bâtisse par une porte de service sur le côté et suivirent un vestibule qui menait tout droit à un ascenseur. Vittorio ouvrit la porte à hublot couleur cuivre et son apprentie fit entrer le brancard dans la cabine spacieuse. Elle pressa un interrupteur. Un léger sifflement retentit et ils plongèrent dans les entrailles profondes de la demeure au rythme lent des engrenages et des poulies.

Vittorio n’aimait pas ces cages d’acier. Il s’y sentait piégé, bien que n’étant pas du genre claustrophobe. C’était d’ailleurs autant un mystère pour lui que pour les autres : il pouvait rester des heures tapit sous une grille d’aération sans paniquer le moins du monde, mais dès qu’il pénétrait dans ces engins, un malaise sourd le prenait. Heureusement que les trajets ne duraient jamais très longtemps. Il posa ses yeux sur Julianne qui, elle au contraire, aimait cette sensation de plonger à travers l’apesanteur. Semblable et pourtant si différent, pensa-t-il.

La cabine s’arrêta enfin à l’étage voulu dans un doux chuintement pneumatique.

Ils ouvrirent la porte et des lampes s’allumèrent pour découvrir un couloir de pierre. Les seuls sons audibles étaient ceux des roues du brancard qui crissaient doucement et celui du grésillement des ampoules.

La salle prévue pour le rituel était un laboratoire à la propreté militaire. Le sol de carrelage blanc supportait de longues tables métalliques couvertes de toutes sortes d’instruments disposés bien en ligne. Il flottait dans la pièce une odeur de détergent.

Une table d’autopsie avait été mise en évidence et les deux polymorphes se chargèrent de préparer le corps. Le mort se trouvait dans un état lamentable et ils durent faire preuve d’une extrême délicatesse pour ne pas devoir finir par le jeter dans « les seaux à viande », comme le mage noir les appelait. Le travail fut bien fait, mais sans la vigilance de Vittorio, le désastre aurait eu lieu. En effet, Julianne avait failli trop serrer les liens du macchabée, ce qui pouvait lui faire exploser les veines lors de son « réveil ». La jeune femme était préoccupée et cela se reportait sur sa concentration.

Il se demanda si c’était là une bonne idée de la laisser assister au rituel. Lui avait vu des horreurs sans nom, mais son apprentie était encore jeune…

Le mage noir apparut. Sa puissance se faisait sentir à chaque fois, comme la sensation d’avoir les poils qui se dressent. On ne distinguait jamais son visage et aujourd’hui, malgré l’éclairage cru de la pièce, ne dérogeait pas à la règle. La rumeur voulait que sa tête fût tombée, il y’a bien longtemps, et que seul le maintenait en vie une magie inconnue, extrêmement puissante. L’avantage de cette théorie était qu’elle expliquait cette omniscience et surtout l’âge terriblement avancé du mage. Quoi qu’il en soit, l’être ne pouvait qu’impressionner par sa stature imposante et son assurance.

Les deux polymorphes se tenaient l’un à côté de l’autre, la tête légèrement baissée.

— Archonte, murmurèrent-ils sur son passage.

Il leur adressa un bref signe de la main puis son attention se reporta vivement sur le corps préparé. Il l’inspecta rapidement avant de s’exclamer avec sa voix de stentor :

— Beau travail, vous deux. Votre professionnalisme vous honore à chaque foi.

Sans prendre le temps d’accuser les remerciements des deux Artistes, il se dirigea vers un grand évier pour se laver les mains. L’une d’elle était en fait une prothèse articulée d’excellente facture. Les rouages et les pistons ne faisaient aucun bruit. Ils imitaient à la perfection l’agilité des doigts, une pure merveille de mécanique.

Il l’essuya précautionneusement avant d’ouvrir plusieurs tiroirs en acier chromé. Il avait déjà préparé l’essentiel, mais voulait ajouter encore quelques ustensiles à son inventaire, au cas où. Le macchabée se trouvait en très mauvais état.

Il amena deux tables roulantes près de celle d’autopsie. Elles étaient recouvertes d’objets médicaux, de seringues remplies de liquide nutritif et d’hormones diverses ainsi que d’un gros livre usé.

Le mage noir commença par prendre un scalpel. Il réalisa plusieurs entailles aux endroits qu’il savait stratégiques puis recula afin d’admirer son œuvre. Une odeur malodorante émanait du sang qui s’échappait. Vittorio et Julianne réprimèrent un haut-le-cœur. Leur maître, lui, ne paraissait même pas s’en rendre compte, occupé qu’il était maintenant à injecter diverses substances dans les veines mortes du pendu. Il s’écarta enfin de son travail et déclara :

— Le rituel peut commencer. Reculez.

Ils lui obéirent et Julianne en éprouva un grand soulagement. Le plus loin elle se tiendrait de cet immonde simulacre de vie, au mieux elle se porterait. Et cette odeur ! Elle crut voir un sentiment analogue passer sur les traits de son mentor, mais elle n’aurait pu le dire avec certitude.

Le mage noir ouvrit le grimoire et commença à psalmodier. Sa voix paraissait encore plus caverneuse que d’ordinaire, irréelle même. Elle résonnait dans tout le laboratoire et l’énergie mystique qu’elle dégageait alourdissait l’espace comme le fantôme d’une présence malvenue. Le psaume se transforma bien vite en un chant dysharmonique inquiétant et l’éclairage de la pièce fut tamisé par les ténèbres.

Il s’empara alors d’une petite boite en fer contenant de fines aiguilles. Elle luisait dans la faible clarté, enduites d’une substance translucide. Il s’employa à les planter dans la peau froide et tuméfiée avec une précision chirurgicale. On discerna rapidement le schéma qu’elles formaient ; des lignes de vie qui se rejoignaient toutes au cœur.

Il travaillait sur les jambes du cadavre lorsque soudain, un muscle de la cuisse tressauta. Parfaitement au courant de la marche à suivre, il s’interrompit pour placer sa main organique à l’endroit incriminé. Une douce lueur rouge carmin émana de ses doigts.

C’était la partie délicate du rituel : le sang recommençait à circuler, mais pas à tous les endroits à la fois. Il fallait observer une logique précise en prenant en compte l’épicentre du premier signe clinique de vie. La chance n’était malheureusement pas de leur côté cette fois. En effet, le pire endroit pour une première activation se trouvait aux jambes, car le plus éloigné du cœur. Une force considérable était nécessaire pour drainer tout ce sang épais et inerte jusqu’à la pompe sanguine et bien souvent les artères principales éclataient sous la pression engendrée. Si cela se produisait, aucune magie ni aucun remède connu ne pouvaient empêcher la mort définitive du cobaye.

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

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