Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 1

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe.

Bienvenue dans l’aventure Novus Ordo, mon premier roman fantastique à tendance steampunk. Détends-toi, prends un whisky cobra avec des glaçons et installe-toi confortablement dans ce magnifique siège en crânes humains véritables. Tu es désormais lecteur-aventurier/lectrice-aventurière !

Quatrième de couverture :

La mort arrive, les dirigeables de guerre dans son sillage… Bienvenue à Venyce.

La cité des eaux menace de sombrer dans la guerre civile ; on vient d’assassiner la princesse régente de la paix entre les guildes.

Le meilleur assassin de la ville est accusé à tort de son meurtre. Il pactise alors avec un mage noir afin de revenir à la vie et de régler ses comptes avec ses ennemis.

Le plus illustre des guerriers du Saint-Siège poursuit en secret le vrai coupable ; une créature d’éther et de chair aux pouvoirs effrayants.

Le cynique et le fanatique n’ont rien en commun. Cependant, dans la forêt des Arcanes et de la Science, se cachent des créatures et leur jeu trouble pourrait bien lier leur destin, pour le meilleur comme pour le pire.

Je te laisse avec le chapitre 1, “Tel est pris qui croyait prendre (première partie)”. Bonne lecture 😉

Ah, Venyce, douce Venyce… Qu’elle était belle de ce côté-ci, avec ses longs canaux peuplés de gondoles amarrées pour la nuit et ses petits ponts enlacés. Les quartiers de la Dolce.

Il y flottait ce calme électrique d’une chaude soirée. Les rues couraient sensuelles et attirantes sous la lumière bleutée d’une lune presque pleine. Une fine brise venue de la mer soulevait de temps à autre les fanions des cordons tirés entre les bâtisses et juste en dessous, tintaient les rires entendus de couples à l’allure complice.

Ce n’était pas pour le charme de ces rues que Pistorius se trouvait là. Ce soir, il finissait un travail. Il marchait maintenant sur le marbre blanc d’une grande place cernée de galeries en verre et ses pas résonnaient dans la nuit. À une centaine de mètres devant lui l’attendait son défi. La demeure de l’illustre cardinal Di Maggio.

Elle se dressait tel un brasier scintillant au milieu de l’obscurité et du calme feutré de ce début de soirée. La finesse de son architecture impressionnait et chaque fenêtre diffusait une vive lumière qui nimbait ce palais d’un halo luminescent. Cette merveille architecturale portait bien son nom : Il Sontuoso.

De la musique en émanait et les invités commençaient à arriver. Robes et costumes éclatants aux masques fantaisistes passaient le grand portail en fer pour aller former une file qui attendait aux pieds d’un escalier de marbre la permission d’entrer. Pistorius rajusta sa cape sur son costume et se dirigea d’un pas nonchalant vers la file d’attente.

Le poids du couteau fixé contre sa cuisse, sous ses chausses bouffantes à la mode, lui rappela la tâche qui l’attendait. Des mois de traques et de préparation pour enfin arriver à l’ouverture parfaite. C’était rare qu’on échappe à un assassin de l’Archange, à un Sans-Nom, aussi longtemps. Cependant, la cible n’était pas n’importe qui. On parlait là du plus célèbre des sicarios de Venyce ; le Scorpion, une femme dangereuse qui avait su s’attirer les faveurs des bonnes personnes. L’Archange ne l’avait jamais aimé, mais il l’avait toléré. Du moins jusqu’à ce qu’elle se mêle de politique. L’ambition faisait une très mauvaise compagne pour les imbéciles et les guildes surveillaient avec attention ces mariages voués à l’échec.

Pistorius Vifaletti n’était de fait qu’une identité fantôme créée de toute pièce pour mieux approcher son ennemi. Un ennemi avec lequel il avait une dette personnelle à régler.

Le Sans-Nom sortit son masque et l’enfila. Il prit ensuite son carton d’invitation et se plaça derrière un couple de jeunes gens impatients de faire la fête. Ils avaient de petits rires perçants et cela, couplé à leurs masques au long nez crochu, leur donnait vraiment l’air de rapaces. Il se surprit à penser que dans un bal masqué, les apparences étaient étrangement peu trompeuses. Lui-même portait un masque de corbeau aux longues plumes noires. Ce fut bientôt son tour et il montra sa lettre le présentant comme invité de marque.

Le moins costaud des deux hommes qui contrôlaient l’entrée, un nez aquilin au milieu d’un visage aussi fin qu’une lame de rasoir, lui prit le papier des mains et y jeta un bref coup d’œil. Il dévisagea le nouveau venu de la tête aux pieds. Le cœur du Sans-Nom s’accéléra un bref instant dans sa poitrine et il lui offrit son plus beau sourire. Allez, contente-toi de faire ton travail et laisse-moi entrer, exhorta-t-il intérieurement. Le portier prit un air moins sérieux et s’écarta du passage en le gratifiant d’un « excellente soirée, monsieur », mais ne lui rendit pas son sourire. Les corbeaux ne devaient pas être à son goût.

L’entrée donnait sur un grand couloir haut en plafond bordé de sculptures et de tableaux représentant la noble lignée des Di Maggio. Le Sans-Nom reconnut là le père de l’actuel régent, le défunt haut cardinal de Sa Majesté, Alfonso Di Maggio. Un visage doux au regard dur surplombé d’une coiffe réglementaire, vestige d’une vie passée à faire régner la loi au nom de sa Sainteté le pape.

La salle principale était immense et pleine à craquer. Un lustre démesurément grand surplombait la foule ainsi que la bonne centaine de musiciens qui formaient l’orchestre du bal. Leur chef menait son peloton avec brio et la musique se mélangeait harmonieusement aux innombrables voix qui émanaient de la masse grouillante d’aristocrates. Les serveurs allaient et venaient, reconnaissables à leur tenue noire et blanche. Ils se déplaçaient dans la foule aussi aisément que des poissons dans l’eau.

Le Sans-Nom longea la piste de danse en gratifiant d’un sourire les deux femmes qu’il croisa. Son regard se porta ensuite sur les rangées de balcons qui surplombait la salle et qui formaient deux étages.

Il connaissait le Scorpion. Elle aimait la hauteur afin de pouvoir garder ses cibles bien en vue et tuait généralement à distance. La position idéale devait permettre d’observer tout en restant discret. Les loges du dernier étage correspondaient. Il fallait que le Sans-Nom y accède sans attirer l’attention.

Il s’empara d’une coupe de vin épicé et se dirigea vers d’imposants escaliers jumeaux. Il monta les marches comme monsieur tout le monde et se remémora rapidement les traits du Scorpion.

Un visage délicat qu’entourait une longue chevelure noire et bouclée. Des yeux sombres et aguicheurs, mais surtout un réel talent pour tuer. C’était ce dernier point qui allait l’aider à traquer sa proie dans une soirée masquée où il était bien difficile de repérer quelqu’un d’après son physique. Tout le monde ressemblait à tout le monde et les voix ainsi que les parfums se mélangeaient trop pour en déceler un en particulier.

Cependant, qui disait talent pour tuer, disait aussi comportement subtilement différent. Un œil trop vif, un geste trop brusque, ou tout simplement une attitude trop calme au milieu d’un flot de rires et de conversations bruyantes pouvaient amener la cible à se découvrir. Il fallait capter cette demi-seconde d’inattention tout en restant conscient que l’autre s’adonnerait au même jeu. Ne pas se faire découvrir et s’adapter, telles étaient les règles. Le Sans-Nom débutait avec un avantage cette fois : le Scorpion ne savait pas qu’il se trouvait ici.

Il arriva enfin à destination et d’instinct, balaya les environs d’un regard exercé. Des masques, des masques et encore des masques.

Il but une gorgée de vin épicé pour se passer le goût étouffant de parfum à la rose qui imprégnait les lieux, puis vint s’accouder à la balustrade du balcon. La vue était splendide. Elle plongeait sur la foule massée en contrebas qui formait une mosaïque fourmillante et multicolore. De petits groupes discutaient sur les côtés ou près des buffets alors que certains gentilshommes en retrait faisaient la cour à de futures compagnes d’un soir. Au centre, des myriades de costumes colorés dansaient la valse en un grand cercle. L’orchestre donnait le ton. Il semblait difficile de déceler quelqu’un en particulier vu d’ici, à moins d’avoir des jumelles.

Le regard du Sans-Nom se porta donc en face de lui, sur les loges privées. Quelques couples bavardaient, accoudés comme il l’était. Des hommes fumaient, parlant guerre ou politique en savourant la vue, pendant que des femmes attendaient, la mine boudeuse, que leur compagnon revienne de je ne sais qu’elle escapade douteuse.

Elles étaient au nombre de six, mais une seule possédait des lunettes grossissantes. Elle se trouvait en face de l’entrée principale et sa taille ainsi que sa corpulence concordaient. Ses jolis cheveux noirs et sa robe ample, d’un beau blanc pastel, faisait ressortir son corset immaculé. Il se déplaça.

Il ouvrit la porte de la loge sans un bruit et se faufila à l’intérieur d’un pas sûr, mais discret.

Merci pour ta lecture, courageux lecteur-aventurier/courageuse lectrice-aventurière ! Si ce chapitre t’a plus, n’hésite pas à me donner tes impressions de terrain en commentaire pour m’aider à améliorer mon histoire et m’écourager 😉 Ces jungles sont profondes, prends garde à toi et bonne continuation pour la suite de cette aventure !

8 commentaires sur “Novus Ordo – Venyce tome 1 – Chapitre 1

  1. Bonjour capt’ain,

    Hé, ça se présente bien. On entre rapidement dans le décor, lecture fluide, mais sans survoler non plus. Bon départ, donc. Et j’apprécie cette évocation des parfums, qui n’est que trop rare dans les livres. A la première lecture , seul le passage avec “pour se passer le goût” m’a piqué l’œil. Faire passer, évacuer, atténuer, rincer, tout ce que tu veux mais pas “se” passer, please.

    Bon. A la seconde lecture l’enquiquineuse sortit son scalpel en vue de sectionner d’innocentes fibres capillaires dans le sens de l’épaisseur.

    2e paragraphe, “leurs rues”; comme les quartiers sont dans le 1er paragraphe, c’est un poil trop loin. Je préconise donc “les rues” (Et c’est plus fluide à la lecture. Comment ça tu ne comptais pas faire un audio book?) Ou alors rapatrier “les quartiers de la Dolce” au début du 2e paragraphe ?
    Il y a un peu trop de ce/ces/cettes et sa/son/ses à alléger d’une pincée de sobres le/la/les.
    “robes plus belles” ; c’est pas juste, les costumes sont éclatants, un effort pour les robes. Y’a aussi des filles qui lisent.
    Il siérait de dépouiller “mois de traque” de son “s” pour en revêtir “de toutes pièces”.
    “les guildes surveillaient avec attention”=> mettre “échec” à la fin car c’est le mot fort. Ou alors il faudrait un terme moins attendu que “attention”.
    “rajoutait”, on doit pouvoir mieux faire, c’est lourd.
    “se mit” ; “se plaça”, c’est plus mieux.
    “certifiant”, heu, c’est pas le label rouge, ni l’ecocert ! présentant ?
    “raya” ; ah, non ! Railla à la limite, mais exhorta semble plus adapté.
    “le 2e étage”; ben, ce serait plutôt le premier, en fait.
    “qui ne perdait pas le moindre détail”; les tournures négatives sont plus lourdes. Enregistrer, noter, absorber le moindre détail…
    “s’adonnaient à faire la cour” on s’adonne à quelque chose (au badinage), pas à faire quelque chose.
    Concentrique = qui a le même centre. Donc UN cercle concentrique, ça ne le fait pas. Il en faut plusieurs.
    “sourire en coin”, ou “sourire au coin des lèvres”, mais “au coin” = au piquet.

    Bon, pas de panique, ça ne gêne pas la lecture, c’est juste que je deviens pénible les jours où j’essaie de traduire un peu de Polansky en “bon” français. C’est juste pour moi, vu que Bragelonne ne se décide pas à faire le boulot. Mais clairement, rédiger, c’est costaud.

    A bientôt, si mes pinaillages ne me font pas rejeter à la mer (ah ben flûte encore une tournure négative qui râpe le gosier, damned)

    Colophane.

    1. Salut à toi, naufragée ! 🙂

      Je reviens d’expédition (en fait de vacances :p) et que ne fut pas ma surprise de tomber sur un commentaire d’une telle qualité. Je suis en pleine réécriture du roman pour le concours 404 factory et j’avais déjà fait un premier élagage, mais ton commentaire va en remettre une couche bienvenue.
      J’avoue, je perds du sang avec toutes ces fautes que je n’avais pas vu :p Mais tranquille, je fais un garrot au calme.

      Merci beaucoup pour ton commentaire super constructif et encourageant ^^ Tu es la bienvenue sur l’île d’Aencre 🙂 Juste, évite les ours-pieuvres, c’est la saison et ils ne sont malheureusement pas véganes. :p

      1. Merci pour ton accueil et bon retour dans les parages ! Je suis rassurée de ne pas être rejetée dans les flots hostiles. Les flots où se cachent les ours-pieuvres ? Ou bien les trouve-t-on aussi bien sur la terre ferme ? Pas véganes, il faudra s’en accommoder; “malheureusement”, cela reste à voir, tant les prédateurs participent au bon état sanitaire des proies. Dans leur ensemble, s’entend. Evidemment, quand on sert de repas “personnellement”, c’est une piètre consolation, aussi essaierai-je de laisser à d’autres l’honneur du sacrifice.
        Je risque donc de sévir encore contre quelques cheveux -surtout après avoir lu de tels compliments-; en précisant – tu l’auras de toi-même rectifié – que la dissection s’effectue dans le sens de la longueur 😉 (aurais-je été dans le coaltar pour la rédaction de la précédente bouteille à la mer ? Saperlotte… )
        Cordialement !
        P.S. Attention de ne pas y laisser trop de sang. Ce n’est pas du sprint mais du marathon, là.
        re-P.S. Je veux bien confirmer que je ne suis pas un spammeur. Quant à être gentille, ça peut arriver. C’est déjà arrivé. Du moins, je crois.

        1. Haha merci 🙂 Aucune inquiétude à avoir, je suis un habitué des ces jungles hostiles. Les ours-pieuvres peuvent se cacher dans les arbres. L’astuce c’est de toujours être accompagné afin de pouvoir pousser l’autre dans les griffes du monstre et s’en tirer 😉 C’est totalement immoral, mais ça marche :p
          Au plaisir d’une prochaine “dissection” 😉

    2. Bonsoir Explographe,
      Ah, tiens j’avais pas fini d’éplucher ce chapitre. Remettons-nous à l’ouvrage.
      Alors, pour s’échauffer ; Sa Sainteté (Son Altesse, Son Excellence, etc. “Sa Majesté le roi de Suède”, cependant). Je viens de consulter un site gouvernemental canadien qui recommande par contre la minuscule pour lady, lord ou sir et m’apprends qu’on peut utiliser “sir” sans préciser le nom, mais qu’on ne doit jamais omettre le prénom. Mon existence s’en trouve transfigurée. Fin de l’aparté “Point de vue”.
      “démesurément grand” démesuré devrait suffire ?
      “le Scorpion ne savait pas “, “Mais qui disait talent pour tuer” no comment.
      “d’un beau blanc pastel” ça n’existe pas (fallait pas m’énerver, cf. ligne ci-dessus). Bleu, rose, jaune, mauve (voire vert) peuvent être qualifiés de “pastel”, mais pas blanc. Le blanc a le droit d’être éclatant, cassé, sale, mat, crème…
      Les préoccupations sont souvent qualifiées de graves/urgentes/continuelles, etc ; elles prennent rarement de la hauteur, mais c’est seyant.
      “Il semblait difficile de déceler” ah, je me doutais que tu étais accro au “déceler”; ça sonne bizarrement à mon oreille. Il est vrai que “identifier” est parfaitement hideux. Tiens, je manque d’adjectifs pour désigner la laideur auditive.
      “la masse grouillante d’aristocrates.” Halte là : faut choisir. Soit “la masse grouillant d’aristocrates” (y’en a plein dedans), soit “la masse grouillante des aristocrates” (y’a que ça).
      Bonne soirée.

      1. Hello, Colophane ! 🙂

        Ah, ben tu m’apprends un truc, là. Mon existence en est tout autant transfigurée, on frôle la transcendance. C’est intéressant en tout cas.
        Haha, Tu m’as achevé sur le blanc pastel. J’ai vraiment la tête ailleurs parfois :p
        Tu as effectivement “décelé” mon amour immodéré pour ce mot ^^ Un amour pur, plus pur que le blanc pastel 😉
        Ah, bien vu. C’est effectivement “la masse grouillante des aristocrates”.

        Bonne soirée à toi et merci 😉

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