L’homme électrique de Victor Fleury

Il vit passer entre les étoiles un essaim de boules brillantes, filant à travers l’espace. Leurs créateurs les avaient investies d’une mission, elles devaient modeler le nouveau foyer d’une race mourante.

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe.

Nous nous retrouvons enfin pour une nouvelle chronique steam…pardon, voltapunk. Il s’agit de l’homme électrique de Victor Fleury. Remballe ton bateau à vapeur et démarre ta Tesla S, ça va secouer.

Les aventures de l’Explographe n’ont jamais été si proches de partir en couille. Je te le dis, naufragé, ça devient de plus en plus dur de garder cette équipe de tanches en vie.

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 24 :

Lorsque je pose les pieds sur le fond de la caverne sphérique, les sensations familières d’une jungle hostile m’assaillent. Me revoilà dans mon élément.

Une plante carnivore essaie de m’arracher un bras. Je lui place un bon coup de machette. Il y a presque de la tendresse dans mon geste. Tuer par légitime défense ; ça m’avait manqué.

— Cet endroit m’effraie autant qu’il me fascine, murmure Michel en apparaissant juste à côté de mon oreille.

Je déteste quand il fait cela, ce qui revient à détester sa personne. Heureusement qu’il reste utile à cette expédition de tanches.

— Michel, ton asmr à deux balles, tu te le mets où je pense, compris ?

— Arrête, c’est un art. Ça cartonne sur YouTube.

— De quoi tu parles, espèce de taré ?

Il lève les yeux au ciel comme un ado devant ses parents. Il a vraiment de la chance d’être déjà mort, ce fils de sorcière.

— C’est un truc dans le Songerêve. Tu ne peux pas comprendre.

Je soupire. Qu’a-t-on fait du darwinisme social ? Les faibles comme Michel ne devraient pas survivre. Je crois de plus en plus que ce monde est marxiste. J’ai une furieuse envie de vocaliser un gros amalgame du genre : Stalinisme = la seule forme de communisme = le marxisme = pire que tout. Je me retiens cependant, car ce serait une grosse perte de temps. Je dois me concentrer sur notre survie. On n’a pas tous la chance d’être un fantôme comme Michel.

— Bon, naufragé. Laisse la corde attachée au cas ou on devrait remonter précipitamment. Sors ta machette et reste vigilant.

— Wow, merci des conseils, cap’tain obvious.

Mais qu’est ce qu’ils ont tous à faire leur crise d’adolescence pile-poil au mauvais moment ?!

— Fermez vos gueules ! Il n’y a pas assez de place pour votre avis ou vos remarques.

On avance prudemment dans la jungle. Notre objectif est la cascade afin de récupérer de l’eau et faire une pause.

Lorsqu’on arrive devant le bassin naturel, l’arc-en-ciel qui le surplombe et qui se reflète à sa surface nous tire une exclamation admirative.

— C’est beau, putain.

— Ouais…

Je m’approche lentement pour vérifier. Je n’entends plus que le tumulte de la cascade qui s’écrase quelques mètres devant moi. La surface agitée, d’un bleu turquoise transparent me laisse pénétrer ses fonds du regard.

La vache, ça fait beaucoup de méduses carnivores au même endroit…

— Euh, naufragé ? Évite de sauter là-dedans.

— Pourquoi ?

— Oh, trois fois rien : simplement rester en vie.

Je parviens à remplir ma gourde sans attirer l’attention des sales bêtes.

— Hey, c’est quoi ce truc ?

Nous nous retournons vers Michel. Il examine une étrange structure à moitié ensevelie par la végétation.

Je m’approche.

— On dirait le vestige d’une maison.

Je donne quelques coups de machette pour dégager l’ensemble. Clang !

— Une maison en métal ?

C’est étrange. Je lâche ma gourde et m’atèle plus sérieusement à la tâche. Bientôt, ce qui ressemble au volant d’ouverture d’un sas antique m’apparait.

— Ça alors… Un volant d’ouverture d’un sas antique.

Ce fantôme de mes couilles est insupportable…

J’ouvre la trappe est jette un coup d’œil méfiant à l’intérieur. Aussitôt, une rangée de lumière éclaire l’habitacle.

Il y a un siège étroit entouré d’écrans liquides et de consoles de commandes.

— Explographe, laisse-nous voir !

Par je ne sais quel miracle, j’obéis.

— Incroyable, un vaisseau spatial !

— Et mes couilles c’est du vingt-cinq carats.

— C’est quoi ce bouton ?

— Ne touchez à rien, les tanches !

Trop tard. Les consoles s’illuminent. Un bourdonnement sourd monte des profondeurs de la terre qui se met à trembler. Là, on est dans la merde. Je ne crois pas avoir besoin d’expliquer ça en image.

— Tout le monde dégage !

— Non, si on reste dehors tout s’effondrera et nous avec.

— Tu préfères crever dans une putain de boite à anchois cosmique ?

— C’est notre seule chance, Explographe !

Tu as malheureusement raison, naufragé.

Nous nous précipitons tous à l’intérieur et je referme aussitôt la trappe.

— Bon, et maintenant je fais quoi ?

— J’ai une tronche de pilote d’aéronef ? C’est toi le geek, ici.

Je me rends compte de mon erreur trop tard. Il ne faut jamais laisser un enfant jouer avec la télécommande.

Tu enfonces une touche au hasard, naufragé, et tout l’habitacle se met à tourbillonner. Les craquements titanesques du déluge à l’extérieur nous parviennent distinctement. Le bourdonnement s’intensifie. Des arcs électriques parcourent les consoles.

Ne me dites pas qu’on va crever dans un putain de vaisseau spatial !

On dirait bien que oui…

Dans un ultime rugissement voltaïque au cœur du cyclone, l’antique machine se fond à nos corps déjà presque entièrement virtuels.

Je me retrouve dans le noir. Je n’ai plus conscience du temps. Je suis le temps. Je suis tout et chacun. Je suis Victor Fleury. Pourquoi je dis ça ? Je suis l’homme électrique. Je suis un super bouquin.

BZZZzzzzzz…

Titre : L’homme électrique

Auteur : Victor Fleury

Nombre de pages : 360

Ma note : 4/5

De quoi qu’on parle ?

Tout d’abord, je tiens à préciser qu’il est préférable de lire “L’empire électrique” avant de commencer celui-là, même si ce n’est pas une nécessité. L’univers paraîtra moins complexe.

Nous sommes en 1895 et les Bonaparte règnent toujours sur l’Europe ainsi qu’une bonne partie du monde. Napoléon IV est aux commandes et voit son empire menacé par son homologue russe. En effet, le conseiller du Tsar, une intelligence artificielle nommée Savitch, domine le QI game, comme disent les jeunes, et passera bientôt à l’attaque.

Un trio de choc tente d’éviter la chute de la France : la comtesse de Cagliostro, une espionne aux connaissances scientifiques prodigieuses, le frère Vacher, un assassin professionnel complètement taré, et le Valet, un androïde capable de prendre les visages ainsi que les souvenirs de ses victimes.

Ouais, cocorico ! La meilleure bande de psychopathes est « made in France ». Label AOC, mon gars !

De où qu’on est ?

Nous sommes au 19e siècle, Napoléon n’est pas mort sur l’île Saint-Hélène. Lui et ses prédécesseurs ont étendu l’empire aux quatre coins du monde et s’approchent d’une domination totale.

Les scientifiques, portés par la révolution des lumières et le désir de conquêtes de l’empire de France, ont apporté des avancées technologiques importantes, notamment à l’aide de l’électricité.

La maîtrise de l’énergie voltaïque a permis une industrialisation massive. Il en ressort des armes, des aéronefs, des sous-marins, bref, tout un tas de trucs stylés.

Pour résumé : une architecture baroque et néoclassique, un régime napoléonien et des armes à la hauteur des rêves les plus fous de l’Allemagne nazie.

On a notre point Godwin, on passe à la suite.

De qu’est-ce que j’en pense ?

L’empire électrique était un recueil de nouvelles dans le même univers. J’attendais enfin un vrai roman, et je n’ai pas été déçu.

J’ai appris à lire avec vingt-mille lieux sous les mers et Tintin. Autant te dire, naufragé, que le roman d’aventures c’est mon truc.

Et de l’aventure, il y en a des tonnes dans « L’homme électrique ». De Venise en Mongolie en passant par la Transylvanie, on voit du paysage. Les références littéraires se succèdent avec en tête de cortège le célèbre courrier du tsar, Michel Strogoff.

Les personnages sont hauts en couleur et collent parfaitement à l’ambiance.

J’ai particulièrement apprécié le Valet, protagoniste principal de ce récit, même si son côté chevalier blanc m’a parfois agacé. Il ressort de ce personnage mécanique une humanité presque hors de portée. Je pense que c’était là le but de l’auteur et ça m’a fait sourire ; l’idéal humaniste uniquement accessible à une machine.

Pourtant, ce qu’il est, ce pour quoi il a été conçu par l’homme est une horreur. Il détruit pour accaparer ce qui fait les hommes : leur visage, leurs souvenirs, leur caractère. Ce personnage de contraste m’a fasciné malgré ses défauts et son côté « victime ». Son instabilité émotionnelle s’explique, mais j’aurais aimé qu’elle apparaisse moins évidente.

Le style de l’auteur est fluide et agréable à lire. J’ai senti une forte inspiration de Jules Verne, malheureusement dans les qualités comme dans les défauts. Certains passages plus pompeux que nécessaire tournent presque à la caricature.

Côté scénario, on reste avec quelque chose de solide, sans vraiment arriver à surprendre complètement. L’auteur joue beaucoup sur « le coup de la dernière chance », ce qui entraine un rythme très bon. Cependant, je trouve qu’il en abuse quelque peu. Par exemple, lorsque le héros passe à un cheveu de la mort dix fois dans un chapitre.

Pour conclure, l’homme électrique est un super roman d’aventures bourré d’action dans un univers stylé. Il a ses défauts, mais j’ai vraiment passé un bon moment de lecture. Il y a un je ne sais quoi qui m’a fait rêver comme quand j’étais enfant et pour cela, je ne peux que le recommander. Les amateurs du genre en trouveront leur compte, de même que les aventuriers en quête de sensations fortes !

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

— Nous pouvons encore coincer notre homme ! intervint la Cagliostro. Suivez-moi !

L’instant d’après, l’androïde, la comtesse et les policiers couraient aux trousses d’Arsène Lupin.

— Là ! Il est sur le bord de la verrière ! Rattrapez-le !

Le prince Sernine se délassait près du buffet, sirotant une flûte de champagne. Il paraissait ne pas remarquer les agents qui se précipitaient dans sa direction, bousculant sans ménagement un groupe de bourgeoises huppées. Alors que la Cagliostro, la plus rapide, n’était qu’à un mètre de lui, le cambrioleur tira brusquement la nappe du buffet. Sa dextérité de prestidigitateur laissa sur place les assiettes, les carafes et les plats. Puis il sauta sur la table contre la baie vitrée, et, brandissant la nappe au-dessus de lui, lança, bravache :

— On veut m’arrêter… Je tombe des nues !

Et, joignant le geste à la parole, il actionna l’ouverture électrique d’une immense vitre amovible servant à l’entretien de la verrière, puis se jeta par-dessus bord. Immédiatement, les vents froids de l’altitude s’engouffrèrent dans l’espace du pont couvert, semant la panique parmi les convives.

 

 

2 commentaires sur “L’homme électrique de Victor Fleury

  1. Ce roman est une des dernières sorties Bragelonne qui m’attire le plus. Déjà, car ce n’est pas du steampunk (je n’aime pas trop ça), mais bien un délire à l’électricité ! Je n’ai pas encore lu d’avis négative et ton avis confirme le fait que ça semble être une tuerie.

    1. Oui, ça rafraichit le genre et j’ai beaucoup aimé 🙂 En plus, la couverture est juste sublime ! Avec cet “homme électrique”, Victo Fleury fait définitivement partie des auteurs que je suis à la loupe.

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