Les sœurs Carmines, tome 1 : le complot des corbeaux d’Ariel Holzl

L’oiseau matinal attrape le ver. Ou parfois, un poignard en plein plumage.

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe. Me voilà de retour avec les sœurs Carmines tome 1 : le complot des corbeaux. Ce roman sombre et décalé, un peu à la Tim Burton, t’emmène à Grisaille, la ville qui craint un max, mais avec style. Les aventures de l’Explographe continuent en mode infiltration.

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 15 :

On ne doit pas trainer dans le coin, il pourrait y avoir d’autres méduses.

— Tu peux les voir ? demandé-je à Michel

— Oui. Et nous avons un problème…

Je hausse un sourcil.

— Quoi, t’as plus les chakras alignés en mode paix intérieure et joie de vivre à la con ?

— C’est au sujet des méduses. En fait, il y en a pleins autour de nous. Elles dérivent en bancs de cauchemar.

Ce fils de pute joue avec mes nerfs ou il pense vraiment être crédible deux secondes ? Non, parce qu’à ce rythme-là, je redescends tout le Pik pour aller cramer son corps, histoire qu’il disparaisse pour de bon.

— Des bancs de méduses, vraiment ? Bien sûr, elles se pavanent au calme sans nous voir. Ce n’est pas comme si elles n’avaient pas assez d’yeux.

— Je ne comprends pas. On dirait qu’elles dorment…

— Ah oui, c’est l’heure de la sieste. Mille excuses, mon bon seigneur, dans ma grande sottise je l’avais oublié. Tu te fous de ma gueule !

— Chut ! Vous allez les réveiller !

— Plait-il, naufragé (e) ? Non, mais je rêve. On est où là, à une AG du parti communiste ? Je commande cette expédition, je vous rappelle ! Comment expliquer la folle qui nous a attaqués juste avant, hein ?

— Elle a dû se réveiller, je suppose. Pour une raison inconnue, elles deviennent alors visibles aux mortels.

Tu places une main ferme sur mon épaule, naufragé (e). Tu ne sembles pas remarquer mon regard de tueur accompli qui te fixe de tous ses crocs.

— Il a raison, Explographe. C’est la seule explication. Laisse ton égo de côté, pour une fois.

— Quoi ?! Moi, de l’égo ? Franchement, c’est décidé : en cas de coup dur, c’est toi que je mangerai en premier, naufragé (e).

— Ben, on est que deux, en fait… Vivant, je veux dire.

— La ferme. Ce qu’avance Michel se tient, ça casse les couilles de l’admettre. Apparemment, j’ai tellement d’égo que je peux reconnaître mes erreurs… On va tenter de se barrer de cette salle en catimini.

On rase donc les murs sur la pointe des pieds. Michel nous guide entre les horreurs sans nom qui peuplent apparemment les lieux. Ça serait vraiment drôle qu’il soit en train de se foutre de notre gueule. Ha. Ha. Ha. Hilarant. J’irais vraiment brûler son corps pourrissant dans la jungle. LOL.

J’entre enfin dans un couloir aux hautes fenêtres à la mode byzantine et aux tapisseries érodées par le vent. Je perçois alors le hurlement de la tempête au-dehors. Elle nous passe juste au-dessus de la tête. Pour résumer la situation ; on a troqué une mort certaine contre une morte un peu moins certaine. J’aime ma vie !

Nous arrivons au bout du couloir. Une énorme porte en bois sombre lambrissée avec goût nous bloque le passage. En son centre, nous apercevons le blason d’or de la dynastie maudite ; les Baz’Ané. Il s’agit de deux cobras ailés entrelacés dans l’âge du temps. La merveille est recouverte de poussière et de sable.

— Aide-moi, naufragé (e). On doit ouvrir cette porte.

— Tu penses qu’il s’agit de la salle du trône ?

— M’en bats les couilles. Je veux surtout à m’éloigner des méduses le plus vite possible. Tu en vois, Michel ?

Il sourit avec toute la gentillesse baveuse du monde.

— Non, l’amour a triomphé.

— Ma bite sur ton front, Michel.

Nous poussons la lourde porte. Malheureusement, elle refuse de bouger.

— Quelque chose semble la bloquer de l’intérieur.

— Waw, quel génie, naufragé (e). Essayons de la tirer.

Les anneaux d’aciers de part et d’autre des battants nous facilitent la tâche et, ô magie, la porte s’ouvre. C’est alors qu’une avalanche de sable, d’os humains, de crânes et de joyaux nous tombent dessus.

— Mais par toutes les races de leur mère de fils de consanguins de…

— Explographe, un livre !

Je m’extrais du fatras avec forts jurons créatifs.

— Sérieusement, naufragé (e) ? Nous sommes entourés de diamants et ce qui t’enthousiasme le plus c’est un bouquin ? Fais voir.

Tu ne me passes les sœurs Carmines tome 1 d’Ariel Holzl.

— Ah, en voilà une belle surprise.

Titre : Les soeurs carmines, tome 1 : le complot des corbeaux

Auteur : Ariel Holzl

Nombre de pages : 304

Ma note : 4/5

De quoi qu’on parle ?

Dans la ville de Grisaille, un endroit brumeux et biscornu, vivent trois sœurs. Merryvère, Tristabelle et Dolorine Carmine. Merryvère est une monte-en-l’air, une voleuse, quoi. Je rappelle que voler est mal, les enfants, alors ne faites pas comme cette demoiselle peu recommandable. Parce que sinon, vous allez finir comme elle. Après un casse raté option homicide, elle ramène un maigre butin ; une cuillère en argent. Malheureusement, cette cuillère traine derrière elle une histoire pas trop bien cool chouette. Les problèmes arrivent pour les sœurs Carmines… Des monstres aux longues canines et au poil dru suivent leur ombre (violon stressant).

De où qu’on est ?

Grisaille est une cité sinistre et pleine de dangers. La brume y recouvre chaque cathédrale gothique, chaque ruelle sinueuse. Les corbeaux envahissent les gouttières des manoirs, pullulent dans les innombrables cimetières à l’affut de chair fraiche. Le meurtre est culturel à Grisaille, de même que la rapine et la domination de classe. En haut de la chaine alimentaire se battent les familles nobles dans l’ombre de la reine. Chaque clan à sa spécificité ainsi que son quartier à l’architecture particulière.

Plus bas dans la hiérarchie sociale, on retrouve le bain habituel de la classe moyenne jusqu’à arriver aux pauvres. Pour eux, c’est tendu. La misère les pousse au crime et le crime à la tombe. Les plus infortunés consentent à un contrat d’après vie qui permet à son détenteur de les zombifier en ouvrier servile jusqu’à la fin des temps. Les affaires sont les affaires, car à Grisaille, il n’existe point de choses abstraites et inutiles comme la morale ou la charité.

De qu’est-ce que j’en pense ?

Pour tout te dire, c’est la première fois que je lis de « l’urban fantasy ». J’ai un peu de mal avec le young adult, plus par préjugé d’ailleurs que par réelle connaissance du genre #personnenestparfait. Ce fut donc une belle surprise.

L’univers, qui mélange des éléments du XVIe avec d’autres du XIXe, a cette touche de gothique-stempunk qui m’a pris par les sentiments. Grisaille est très bien construite, vivante et délicieusement décalée. Un gros point fort, à mon sens.

Ensuite, il y a les personnages. On ne peut bien sûr pas passer à côté des trois sœurs carmines. Tout d’abord, il y a Merryvère, la protagoniste principale du roman. Je l’aime bien, c’est un peu la guerrière du groupe. Un caractère tranchant, un pas de chat et une confiance en elle plutôt basse ; le profil attachant auquel on s’identifie facilement. Vient ensuite son exacte opposée, j’ai nommé Tristabelle ! Là où sa sœur est physiquement banale, Tristabelle est au fait de sa beauté et l’utilise judicieusement. Capricieuse et imbue d’elle-même, elle est pourtant loin d’être bête. L’auteur nous pousse presque à détester ce personnage, mais je n’ai pu m’y résoudre. Entre casseurs de couilles, on se reconnait et on se soutient !

La petite dernière, Dolorine, m’a moins marquée, mais elle a cette façon de décrire le monde que je trouve trop chou. Elle possède, en outre, la capacité de voir les fantômes. Son « doudou », monsieur Nyx, en est d’ailleurs un, ou du moins un genre de poupée vaudou. Malfaisant et extrémiste, il n’a aucun respect et ça je respecte.

Il y a plein d’autres personnages intéressants, cependant, par souci de rester concis, je vais te laisser les découvrir dans le roman, naufragé (e).

Pour finir, il y a le scénario. Je n’ai jamais été vraiment surpris. C’est le point faible du récit, je trouve, même si certains moments forts sont bien faits. Pourtant, j’ai beaucoup aimé cette lecture, cet univers étrange et unique. La plume de l’auteur, son humour et la façon dont il met les choses en scène, notamment à travers ses dialogues, méritent d’être soulignés par leur alchimie franchement réussie !

Je te conseille donc cette lecture, naufragé (e). Si tu aimes le fantastique à la croisée des genres, les sœurs Carmines est fait pour toi. Mention spéciale pour la couverture, aussi. Bref, où ai-je mis le tome 2 ?

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Merry se pencha d’une corniche pour mieux humer la brume. Ça sentait les embruns. Avec une touche sirupeuse de viande faisandée. Et une chaude texture de suie, cadeau des bûchers funéraires. Une puanteur inimitable. Elle touchait au but.

La Basse-Ville concentrait dans ses ruelles toute l’insalubrité de Grisaille. Il y grouillait aussi des fléaux qui n’avaient pas grand-chose à voir avec l’hygiène : des cas fulgurants de couteau-dans-l’œil, des épidémies de garrottages, des éviscérations éclair, des migraines très contagieuses à soigner au gourdin…

Merry reprit sa course. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *