L’Empire Électrique de Victor Fleury

Je ne suis pas comme lui, je vous le jure… Je ne savais pas !

Marc Frankenstein

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe. Voilà le dernier ouvrage pour ce mois du Cuivre (ok, techniquement presque deux mois, mais on ne va pas chipoter, non ?). En tout cas, il faut encore trouver un moyen de sortir de cette maudite pyramide… Bienvenue à toi si tu viens d’arriver !

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 8 :

J’atterris lourdement sur un sol de marbre. Ma tête tourne comme si elle essayait de battre le record du monde de vitesse. Ma vision est aussi nette qu’un curé aviné dans une école maternelle. Bon, au moins je suis vivant, car je refuse de croire qu’on peut avoir autant mal à l’entrejambe dans la mort. Oui, j’ai réussi à me coincer un testicule en tombant.

Je remarque que je me trouve sur une dalle dont les contours se perdent dans la pénombre. Un brasero brule à côté de moi. Sa flamme bleutée dégage une odeur d’encens. J’espère sincèrement sortir rapidement de ce trip de hippies à la con. En cherchant un peu, je retrouve mon sac. Tout n’est pas perdu.

Au même moment, un énorme cobra surgit devant moi. Ses formes spectrales chatoient dans la faible clarté.

— Ah ! T’es moche, putain.

C’est plus fort que moi ; mon sale caractère ressort lorsque j’ai peur. Le serpent géant me dévisage en prédateur. Je pourrais plonger mes deux mains dans ses pupilles tellement ses yeux sont grands. Je me demande s’il le prendrait mal.

— Oui, me répond l’animal.

— Tu…tu parles ?

Sur une échelle de un à dix, cette question taperait facile dans le zéro. Cet énorme fils de pute lit dans mes pensées. Ah, merde.

— Excusez-moi, ô grand être, je ne suis qu’un humble pêcheur.

— Je m’appelle Quetzalcoatl et je suis ici pour juger ton âme.

Juger ta mère, ouais… Mon Dieu !

— Pardonnez-moi, mes pensées dépassent mes pensées.

Il me scrute sévèrement. Il est vrai que j’ai du mal avec les reptiles. Je ne sais pas trop, ils ont des tronches de traîtres. Je me mords la langue.

— Je ne suis pas ici pour faire la liste de tes vices, Explographe, déclare-t-il. Fort heureusement pour moi, d’ailleurs.

— Eh oh, ça va deux minutes avec vos préjugés, là !

Quetzalcoatl approche sa gueule. Je la ferme donc en retenant ma vessie.

— Silence, maudit avorton ! Choisis plutôt.

Comme sortit de nulle part, une mangue tombe sur le sol.

— Sans déconner ? Vous me refaites le coup de la pomme, Adam et Ève ? En plus, je n’aime pas les mangues.

— Tu refuses mon offrande, Explographe ?

Ah oui, vu comme ça…

— Disons que je la mangerai plus tard, d’accord ?

— Non. Tu dois choisir maintenant.

Il casse les couilles. Il a vraiment de la chance d’être aussi grand. Je n’arrive pas à me décider. Il me stress avec son regard de pervers.

— Choisis ! m’ordonne-t-il, visiblement à bout de patience.

Horrifié par la vision de ses yeux enflammés, je trébuche en arrière. Mon sac tombe avec moi et s’ouvre sous le choc. L’Empire électrique de Victor Fleury glisse sur le marbre.

Aussi vif qu’un serpent, Quetzalcoatl s’en approche (oui, il y a un jeu de mots). Quelque chose sur la couverture surchargée de l’ouvrage le frappe. Personnellement, je la trouve pas mal. Il n’est pas du même avis et siffle de rage. Je ferme les yeux. Voilà ma fin. Un éclair me déchire et j’implose.

Lorsque j’émerge, je me trouve dans la jungle. Les oiseaux chantent et Michel discute avec toi, naufragé, d’un sujet aussi inintéressant que lui.

— Mais bordel, qu’est-ce que… ?

— Il est réveillé ! s’exclame Michel.

Certaines choses ne changeront jamais. Je soupire.

— Je vais bien, merci. Je constate que nous avons passé la pyramide de cuivre. Cette journée n’est pas si mauvaise tout compte fait.

— Oui, j’étais sûr que nos âmes se montreraient dignes du grand Quetzalcoatl !

Je le tuerai plus tard. En attendant, je reporte mon attention sur le livre que je tiens dans la main. L’Empire électrique de Victor Fleury. Qu’est ce qu’il a bien pu avoir de spécial ?

Titre : L’Empire Electrique

Auteur : Victor Fleury

Nombre de pages : 480

Ma note : 4.5/5

 

De quoi qu’on parle ?

 

L’Empire électrique est un recueil de nouvelles qui se déroulent dans un univers steampunk particulier. Dans un 19e siècle uchronique, la France domine le game. Les Bonaparte ont tout niqué et règnent sur un empire gigantesque, propulsé au sommet par la science voltaïque. La démocratie, c’est pour les faibles. Vive l’Empire, vive la France !

Je vais faire un rapide survol des six nouvelles qui composent cet ouvrage.

On commence fort avec le Gambit du détective, qui met en scène notre bon vieux Sherlock Holmes. Dans cette version de l’histoire, ce résistant nationaliste anglais est libéré de la Graciosa (un baigne infâme) afin de résoudre une affaire sensible ; le vol du collier de la reine d’Écosse, réputé impossible.

Avec Les légataires de Prométhée, on en apprend plus sur la médecine voltaïque auprès du Dr Marc Frankenstein, le fils de Victor Frankenstein (celui du roman original). Un sombre complot mêlant la Sûreté de Lyon ne lui laisse d’autre choix que de négocier avec un cannibale. (Non, je n’en dirais pas plus, naufragé).

Vient ensuite Les masques du bayou. Direction l’Amérique du Nord en pleine guerre de sécession, plus particulièrement en Louisiane, où un Zorro en exosquelette voltaïque affronte une étrange incarnation du Baron Samedi entre jeux de cour et complots politiques.

Comment je me suis évadé du bagne nous plonge au cœur du désert Australien, dans la prison la plus sécurisée du monde. Un dissident politique français met en place un plan audacieux pour s’évader avec sa compagne.

Les éventreurs raconte l’enquête d’un duo de choc ; le Dr Watson et le jeune Arsène Lupin ! Ils poursuivent un mystérieux tueur en série qui prélève les utérus de ses victimes (au calme, de où tu juges ? Chacun son hobby). Du sale, du très très sale, naufragé.

Et pour terminer, on retrouve le capitaine Nemo du célèbre vingt-mille lieues sous les mers aux prises avec le nouveau fleuron de la flotte française ; le Léviathan, un sous-marin voltaïque gigantesque. La nouvelle s’appelle sobrement ; A la poursuite du Nautilus.

De où qu’on est ?

 

L’univers de l’Empire électrique s’inspire fortement du régime impérial français avec, bien sûr, Lyon comme capitale. L’énergie voltaïque permet des avancées scientifiques et technologiques inouïes, par exemple ce véhicule improbable que l’on peut voir sur la couverture du livre, poétiquement appelé sauterelle.

Ces six nouvelles nous font voyager aux quatre coins de l’Empire et touchent parfois au surnaturel.

De qu’est-ce que j’en pense ?

 

J’ai adoré. En général, j’ai un peu de mal avec les recueils de nouvelles. Je préfère les histoires longues où je peux m’attacher aux personnages (ce qui explique que je chérisse plus une bonne série qu’un bon film). Cependant, cette fois-ci, c’était différent.

Déjà, la qualité des nouvelles y est pour beaucoup (j’y reviendrai), mais surtout le fil conducteur qui les lie entre elles m’a vraiment aidé à rentrer dans l’univers et à ne pas me perdre. L’auteur joue beaucoup avec les références historiques et surtout littéraires pour notre plus grand plaisir. Je trouve qu’il en fait parfois même un peu trop, mais rien qui ne gêne la lecture.

Le style est fluide, ça se lit très facilement. La diversité des voix est aussi bien venue. Certaines nouvelles sont écrites à la troisième personne alors que d’autres sont à la première, notamment sous forme de journal de bord.

Côté scénario, j’ai plusieurs fois été surpris et pour un format aussi court je n’ai jamais été déçu. Les chutes sont souvent brutales et imprévisibles. Ça peut déstabiliser au début, mais on s’y fait vite. Pour moi, certaines nouvelles mériteraient un roman à part entière, par exemple Le gambit du détective.

Je ne saurais choisir ma préférée parmi les six, mais pour moi la palme de l’originalité revient à Comment je me suis évadé du bagne. La fin m’a foutu une claque et surtout le directeur de la prison est une intelligence artificielle. J’ai trouvé ce flirt avec la science-fiction bien amené et étrangement crédible.

L’auteur aborde également plusieurs thèmes forts tels que l’esclavage, le rapport au corps ou encore la moral (ou l’absence de moral) en science. Cela en plus des sujets plus communs comme l’amour et la trahison. C’est un point que j’ai apprécié.

Pour conclure, ce fut un très beau voyage, plein de surprises et d’exotisme. Je te conseille vraiment cette lecture, particulièrement si tu aimes le steampunk. L’Empire électrique rejoint ma bibliothèque avec succès !

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Le navire pénitentiaire fut amarré, ses cordages noués par des marins aux mines patibulaires. La coque s’ouvrit à la façon d’une gueule béante, et vomit sur le quai un groupe de matons armés, portant uniformes et képis noirs, qui enserraient un unique prisonnier. Celui-ci était en mauvaise santé, accoutré de vêtements de marine en toile grossière, les joues creusées par les privations.

Le hussard dévisagea le détenu. Cet homme n’était plus bon à rien. Pourquoi recourir à cette loque ?

À propos de Sherlock Holmes.

 

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