L’Empereur Écorché – l’Empire Brisé tome 3 de Mark Lawrence

Il faut un certain talent pour écorcher un homme intégralement. (Je promenai mon regard sur la Garde, croisant celui de chaque soldat.) La terreur est une arme, messieurs, et notre ennemi sait comment s’en servir.

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe.

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 2 :

Le village de Cing’lé avait quelque chose de malsain. Ce n’était pas tant ses passerelles suspendues, branlantes et mal entretenues, ou ses bordels perchés dans les arbres aux relents de mort qui me foutaient le malaise, mais plutôt le regard des habitants.

Ces tarés n’arrêtaient pas de sourire avec leurs yeux pétillants, comme s’ils pouvaient décemment être contents de vivre ici. Il en faut peu pour être heureux, mais une des conditions non négociables restait le fait de ne pas habiter ce bouge. Tu me demandes innocemment s’ils ne se contentent tout simplement pas de vivre dans l’instant présent. Alors tu vas très vite te calmer avec tes délires de bouddhiste, parce que la seule chose que ces gens apprécient ce sont le meurtre de sang froid et la rapine. Je te le dis, naufragé, si je n’avais pas une très bonne raison de venir ici, on serait resté dormir dans la jungle avec les serpents et les mygales.

Nous empruntons une venelle aux murs tapissés d’urine et au sol spongieux. Tu te plains, mais je m’en bats les couilles. Je dois voir l’Oracle.

Une petite porte, au fond, donne sur un escalier en colimaçon qui monte, les marches disparaissent dans l’ombre. Après une ascension aussi courte qu’éreintante, nous entrons dans le salon de l’Oracle Av’eugle.

C’est une vieille femme toute ratatinée qui n’a jamais eu un physique décent. Ses yeux laiteux se tournent vers moi. Enfin, plus ou moins.

— L’Explographe, petit fils de pute. Ça pour une surprise.

Sa voix est rocailleuse, enrouée.

— Av’eugle, dans mes bras !

Pour être honnête, je ne préférerais pas, mais ce n’est pas le moment de se la mettre à dos. Elle me tire un doigt d’honneur. Parfait.

— J’espère que tu as quelque chose pour moi, petite merde ?

Tu me lances un regard outré par le langage grossier de ce vieux débris. Je hausse les épaules et sors un beau livre de ma sacoche.

— Bien sûr, ma chère Av’eugle. J’ai ici même un ouvrage de la plus haute qualité ; l’empereur écorché, le tome trois de l’empire brisé, de Mark Lawrence.

L’Oracle se contente de cracher un glaire bien gluant sur son tapis souillé.

— ‘Connais pas. Raconte.

Titre : L’Empereur Ecorché

Auteur : Mark Lawrence

Nombre de pages : 556

Ma note : 4.5/5

 

De quoi qu’on parle ?

 

Si tu n’as pas encore lu les tomes précédents, je t’invite à commencer par le premier, ici, et le second, .

Jorg Ancrath a maintenant vingt ans et possède un royaume conséquent. Malgré un fils à naître, il ne renonce pas à sa vengeance et compte bien devenir empereur (rien que ça). Cependant, aucun de ses ennemis n’a oublié en mode yolo et un en particulier, le plus cruel et le plus dangereux, le Roi Mort, va faire son maximum pour lui casser les couilles.

Jorg devra user de toute sa fils de puterie pour défaire les pièges mortels tendus sur sa route, car entre Katherine, le Vatican, son père, les Bâtisseurs, le Roi Mort et la bonne centaine d’autres rageux, la game s’annonce tendue.

De où qu’on est ?

 

Si tu es arrivé jusqu’ici, tu connais, au calme. Sache juste que dans ce troisième tome, on part dans des contrées exotiques comme une ville magnifique au milieu du désert ou encore une zone irradiée à la Mad Max.

Les Bâtisseurs sont clairement mis en avant et la technologie se mêle complètement à l’ancien. On oscille entre dark fantasy, steampunk et science-fiction.

De qu’est-ce que j’en pense ?

 

Pour moi, ce troisième tome est clairement mon préféré. L’auteur a évolué, on sent un Jorg plus mature et plus attachant, plus complexe. Le rythme du roman a aussi gagné en dynamisme tout en gardant l’alternance passé/présent qui avait bien fonctionné dans les deux tomes précédents.

L’aventure est aussi beaucoup plus dépaysante, car on suit Jorg qui visite le côté africain de l’empire ainsi que certains recoins sombres abandonnés par les Bâtisseurs. J’ai adoré cette « chasse au trésor ». C’est d’ailleurs Fexler Brew, le fantôme de données du château Cime, qui va le guider et on peut dire que ce ne va pas être de tout repos.

Dans le présent, Jorg, Miana et Katherine vont devoir faire route ensemble jusqu’à la Congression de Vyène, ça promet de belles étincelles (dois-je préciser que Katherine hante les songes de Jorg afin de le torturer pour se venger et que Miana ne peut plus dormir avec son époux à cause de ça ?)

On découvre aussi l’histoire de Chella. La nécromancienne a perdu quasiment tous ses pouvoirs et doit à nouveau faire ses preuves devant le Roi Mort. Autant te dire qu’elle est bien dégoutée. Cela fait que le récit ne se déroule pas uniquement à la première personne, mais j’ai trouvé cela rafraichissant et ai découvert un personnage bien plus riche que ce que l’auteur nous avait montré jusque-là.

Il y a aussi une troisième dimension qui s’ajoute à l’intrigue, à savoir des factions opposées de Bâtisseurs. J’ai trouvé le truc vraiment stylé et c’est pour moi le gros point fort de ce dernier tome.

Pour revenir à notre personnage principal, Jorg devient encore plus barré avec l’âge, car cette fois il a quelque chose à perdre ; son fils. Le mec n’a aucun respect et on passe notre temps à se dire, « il n’osera jamais », puis à la page suivante, « le con, il a osé ! » Je valide donc à cent pour cent son comportement totalement immoral #teamSatan.

La fin est rapide et j’aurais apprécié qu’elle s’étende un peu, mais c’est tellement bien trouvé que je vais juste fermer ma gueule et te dire d’aller acheter ce livre. Bref, je me suis énormément amusé durant cette lecture et si je ne devais conseiller qu’un tome de l’empire brisé, ce serait celui-ci. (Bon, du coup ça serait con parce que tu n’y biterais que dalle, mais bats les couilles, c’était pour l’effet.) Non, mais sérieusement, c’était vraiment une putain de belle trilogie.

Si tu veux un deuxième avis, j’ai bien aimé celui de Lu&Approuvé.

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Je portai mon regard vers les formes sombres de Gottering, les toits, le clocher, les cheminées, la girouette d’une taverne. Ça paie, de choisir son lieu d’affrontement, et j’aurais préféré choisir la ville plutôt qu’une mince bande de terre boueuse au milieu d’un vaste lac. Mais l’ennemi n’avait-il pas déjà jeté son dévolu sur Gottering, déjà posé ses pièges ? Ou alors, j’en faisais des tonnes pour quelques chiffons et des dents dispersées ici et là.

—Comptez-les, ordonnai-je.

—Sire ? demanda Harran, perplexe.

—Combien de dents, combien de vêtements ? Est-ce à cause d’une rixe entre trois paysans que la Garde a fait halte, ou bien sommes-nous en présence d’un massacre ?

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