Le Club Vesuvius de Mark Gatiss

Et vous êtes ? Box, Lucifer Box. Au service de Sa Majesté la reine d’Angleterre.

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe.

On se retrouve aujourd’hui avec un gentleman agent secret au service de Sa Majesté, la reine d’Angleterre, dans le Club Vesuvius de Mark Gatiss. Pour te la faire courte, c’est James Bond en mode steampunk. Les aventures de l’Explographe continuent, la méduse à leurs trousses !

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 14 :

Nous détalons en mode lâcheté bac+8 avec master et le petit stage d’esclave chez Goldman Sach. Le sage maîtrise l’art de la retraite, disait Sun Tzu. « Maîtriser » n’est peut-être pas le mot juste.

Je plonge derrière le socle gigantesque d’une statue. Trois ou quatre cobras se barrent entre des fissures dans le sol. Intelligents, ils ont compris qu’il ne fallait pas me faire chier aujourd’hui. Un rapide topo de la situation m’apprend que la méduse te colle aux fesses, naufragé (e). Parfait, je vais pouvoir m’éclipser en douce…

Ah non, ce laideron au charme de cadavre putréfié hume l’air dans ma direction. Je n’en peux plus de ces putains de monstres à la con qui font de mon séjour de désintoxication un véritable enfer. La méduse s’élance dans ma direction comme si elle m’avait entendu, et on dirait qu’elle l’a franchement mal pris. Pourquoi a-t-elle tant d’égo ? Je soupire et détale à nouveau.

Je sens ses tentacules psychiques répugnants effleurer ma conscience. Je ferme mon esprit. Si elle rentre dans ma tête, je suis perdu. Mon crâne bourdonne, je deviens sourd. Bientôt, un mur me fait face et je suis obligé de me retourner.

La créature me scrute de ses yeux monstrueux. Je trouve personnellement que seize paires d’yeux, c’est surfait. Ça doit être super chiant le matin, au réveil. Ses mouvements fouisseurs me compriment l’âme. On dirait une pucelle en manque avec la braguette de son premier amant.

Je tremble, je n’arrive pas à parler, de la sueur perle sur mon front. Je dois impérativement trouver une parade. Que sais-je à propos des méduses ? Elles ont de l’égo. OK, on s’en bat les couilles. Elles sentent les impulsions psychiques comme la détresse ou le plaisir. Mouais, génial, ça m’aide beaucoup. Elles sont moches ? Nan, ça ne va pas le faire…

Une minute ! Impulsion psychique égal quelque chose que je peux contrôler. Je projette de toutes mes forces une image de flammes ardentes dans mon esprit. La méduse écarquille les yeux. Honnêtement, c’est flippant. Elle recule en rugissant. Oui, je peux battre cette pute ! Euh, créature. Pardon, les enfants. Je sais que plusieurs me lisent et j’ai une certaine responsabilité, m’voyez.

La méduse hésite. Elle calcule son prochain angle d’attaque. Le truc avec les matheux, c’est qu’ils s’imaginent qu’ils peuvent mettre la vie en pause. La réalité, naufragé (e), peine à leur donner raison. Je rugis et remplis soudain mon esprit d’une myriade de scènes violentes avec dans le rôle principal notre charmante demoiselle. Spoiler, c’est une tragédie ; ça ne se finit pas bien pour sa gueule.

La créature hulule comme une possédée. T’ai-je dit que je détenais une chouette empaillée dans ma cabane ? Je ne sais pas, je les préfère mortes. Même dans Harry Potter, les chouettes me cassent les couilles.

Bref, comme lors d’un Quatorze Juillet, la méduse explose en mille couleurs. Amen.

— Bonté divine ! s’exclame Michel qui émerge dans la réalité comme si on l’avait retenu trop longtemps sous l’eau.

— Ah, te revoilà, fils de pute ! Où est l’autre boulet ? (Je parle de toi, naufragé (e).)

Tu nous rejoins péniblement.

— Quelle était donc cette horreur ?!

— Tout simplement l’un des spectres les plus chauds à défoncer du bestiaire des saloperies Cthuliennes, dis-je en regardant l’état de ma manucure d’un air blasé.

Quel flegme ! Je suis un putain de héros. Je prends la pose. Norage, naufragé (e). Ça me rappelle ce fameux roman de Mark Gatiss. Comment s’appelait-il déjà ? Ah oui, le Club Vesuvius. Je me sens comme Lucifer Box, mais en plus classe.

Titre : Le Club Vesuvius

Auteur : Mark Gatiss

Nombre de pages : 300

Ma note : 3.5/5

De quoi qu’on parle ?

Lucifer Box est un dandy portraitiste le jour et un assassin/espion au service de Sa Majesté la reine d’Angleterre la nuit. Stylé, nonchalant et beau garçon, il mène une vie trépidante. Lorsque des scientifiques de haut niveau sont assassinés, la couronne lui confie naturellement l’affaire (quel homme, quel panache !). Son enquête le mènera de salons de débauche londoniens aux rues sulfureuses de Naples, avec son Vésuve et ses ruines historiques de Pompéi. Tout un programme !

De où qu’on est ?

Londres et Naples. Angleterre et Italie. Pudding et pizz… OK, t’as pigé. L’histoire se déroule durant les années folles (époque édouardienne #jemenbatslescouilles), bref au début du XXe siècle après Jésus Christ, mort en sauveur afin de racheter nos pêchés.

Le style de l’univers se rapproche fortement du steampunk, au moins au niveau de l’esthétique. (Que quoi, naufragé (e) ? Le steampunk n’EST qu’une esthétique ? Prends garde, j’ai une machette. Je ne te menace pas, mais fais très attention à ce que tu dis.)

De qu’est-ce que j’en pense ?

J’ai souvent ri. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le style, quoique peu élaboré techniquement, possède un véritable esprit taquin. Le récit à la première personne accentue encore cela, pour notre plus grand plaisir.

Le personnage de Lucifer Box est un cliché de l’espion qui fonctionne à merveille. Souvent maître de la situation, charmeur au sang-froid impeccable, il garde son flegme britannique en toute occasion. Ça ne l’empêche pas de ressentir des émotions, bien au contraire. Sa fibre d’artiste lui donne ce côté humain qui aurait fait défaut aux premières versions de James Bond, pour ne pas le citer.

L’intrigue plutôt classique ne m’a pas surprise sans pour autant être lourde. L’atmosphère quelque peu loufoque qui s’en dégage crée ce sentiment comique et très plaisant. Pour reprendre mon exemple du plus célèbre des agents secrets (oui, je vais encore l’utiliser. C’est pratique et stylé. Y’a quoi ?), Lucifer Box est à James Bond ce que Kingsmen est à Casino Royal.

Ce fut une lecture fort divertissante, ma foi, bourrée d’action et de situations comiques J’ai trouvé Naples très bien décrite et les différents personnages secondaires jouent bien leur rôle. Le côté steampunk à tendance pulp a également touché ma corde sensible.

Il manque pourtant ce petit quelque chose pour en faire un très bon roman. À trop jouer sur les clichés, on perd en originalité. Une lecture légère donc, un roman que je ne lirais qu’une fois, mais qui m’a bien diverti.

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Le visage de Supple, guère remarquable de son vivant, comme vous vous en doutez, se figea en une expression de surprise peinée, tandis qu’une bulle de salive rougie se formait à la commissure de ses lèvres. Puis il bascula en avant, et ses dents rencontrèrent son assiette à dessert avec un craquement sinistre qui m’évoqua les genoux d’un suppliant n’ayant pas prié depuis longtemps.

Je suivis du regard les volutes de fumée qui s’échappaient de mon pistolet puis replaçai celui-ci dans sa cachette – sous un moule à gelée d’argent en forme de lièvre endormi.

J’allumai une cigarette, rangeai ma montre et me levai tout en m’essuyant délicatement la bouche (que j’ai d’ailleurs fort jolie ; je vous en reparlerai à l’occasion).

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