La république des voleurs de Scott Lynch

Imaginez… que vous dînez en compagnie de quatre cents personnes qui ont toutes une arbalète armée posée à côté de leur verre à vin. Il faudrait imposer certaines règles très strictes pour qu’il reste au moins un survivant en état de manger le dessert.

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe.

On se retrouve enfin après une très longue absence. Décembre a été professionnellement un mois d’esclave. Le capitalisme n’a aucun respect, mais moi non plus alors on fait avec.

Aujourd’hui, je te parle de ma dernière lecture ; la république des voleurs (#macron) de Scott Lynch. On y découvre la troisième aventures des salauds gentilshommes avec son cheptel de coups tordus et de dialogues tordants.

Les aventures de l’Explographe reprennent également. C’est l’occasion de voir si le calife Chish’ah possède une éthique juridique ou si nos héros vont mourir comme des tanches.

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 20 :

Trop de questions étouffent les réponses. Cette phrase à la con me permet un retournement scénaristique dans le but d’éviter les questions de la fin du chapitre précédent. Jeu sui 1 métre de la manipulassion !

Parce que le plus intéressant est l’endroit où nous tombons tous comme des merdes ; notre putain de point de départ !

En réalité, nous nous trouvons juste devant le temple. Il se tient devant nous comme s’il ne s’était rien passé, majestueux et terriblement ancien. La tempête n’a eu aucun effet sur lui.

Je me secoue et me relève.

— Tout le monde va bien ?

Vous acquiescez.

— Avez-vous aperçu l’oiseau multicolore ? s’enquit Michelle.

— L’oiseau quoi ?

— Moi, c’était une femme serpent en détresse.

— Naufragé, tes délires de manga bizarre, tu te les gardes pour toi.

— Explographe, tu as vu quelque chose ?

— Hmmm, pas vraiment. Ah, si ! Un putain de monstre poulpo-arachnomorphe.

Vous froncez les sourcils.

— Un quoi ?

— Laissez tomber. Je l’ai tué, de toute façon.

Un silence s’installe entre nous. Nous sommes fatigués après toutes ces aventures dans le temple maudit.

— Je crois que c’était notre représentation de nous même qui s’est manifestée, comme si nous nous voyions dans notre propre miroir. Chish’ah nous a poussé dans le songerêve qui à son tour nous a repoussé dans le monde réel.

— Mais qu’est ce que tu racontes encore ? Le songerêve est une légende de drogué. Et je sais de quoi je parle.

Michelle secoue fermement la tête.

— Non, le songerêve existe. Je le sais depuis ma mort. Tu te rappelles, lorsque tu es venu me chercher, tu avais avec toi la réponse à la question la plus importante du monde pour moi. C’était l’oracle Av’eugle qui te l’avait dit, n’est-ce pas ?

— Je… Pas du tout !

— Comment crois-tu qu’elle fait pour voir toutes ces choses ?

— Elle les sort de son cul, Michelle ! Elle invente toutes ces visions à la con. J’hallucine de devoir te l’apprendre.

Gros point jeu de mots, là. Je n’en suis pas peu fier, naufragé.

— Non. Elle voyage dans le songerêve et y décèle des bribes. Le songerêve est comme un puzzle en perpétuel mouvement ; on ne peut jamais le voir tel qu’il est, mais on peut surprendre certains angles intéressants.

— Comment tu sais tout ça, espèce de taré ?

— Je le sais, c’est tout.

Je m’assois sur une souche arrachée. Le temple n’a peut-être pas souffert, mais la forêt oui.

— Waw, de la rhétorique de haut niveau, Michelle. Je ne fais pas le poids face à l’obésité morbide de tes arguments.

— Explographe, ce qu’il dit se tient.

— Ma bite sur ton front, naufragé, voilà ce qui tient.

Un nouveau silence s’installe. Une fine brise caresse les cimes au-dessus de nous et nous ébouriffe les cheveux.

— Songerêve ou pas, il faut que nous montions un abri pour la nuit. On ne va pas commencer l’ascension du second pic maintenant et hors de question de retourner dans ce maudit trou à rat de temple de mes couilles.

Tout le monde acquiesce.

Nous découvrons rapidement les restes d’un ancien camp d’explorateurs déserté.

Les tentes sont affaissées sur elle-même, la plupart déchirées. Cependant, le cercle de pierre pour le feu a enduré l’épreuve de la nature et nous trouvons sur le squelette d’un malheureux un sac d’expédition contenant des couvertures rongées par la moisissure, un briquet en état de marche et un précieux révolver.

— Jackpot ! Bon, voilà le plan : naufragé, tu pars à la chasse (je lui donne le révolver). Essaie de ne pas te blesser. Moi, je nous rafistole une tente et j’allume le feu.

Alors que nous nous retrouvons seuls, je glisse :

— Pssst, Michelle ?

— Oui ?

— Admettons le que songerêve existe. Tu serais capable d’y faire entrer quelqu’un volontairement ?

Michelle frisonne à cette idée.

— Je…oui, je pense. Pour quoi faire ?

— Je ne sais pas trop… J’aimerais peut-être y dérober quelque chose, mais pour ça j’ai besoin d’un plan. La république des voleurs de Scott Lynch me donne une idée.

 

Titre : La république des voleurs

Auteur : Scott Lynch

Nombre de pages : 672

Ma note : 4,5/5

De quoi qu’on parle ?

Tu le sais, naufragé, je suis un gentleman. Pour cette raison, je t’avertis qu’il va y avoir du spoil si tu n’as pas lu les deux premiers tomes. Tu peux retrouver mes chroniques les concernant ici et .

Pour les autres, c’est parti !

Dans ce troisième chapitre des aventures de nos salauds gentilshommes, nous retrouvons un Locke en pls niveau ++. Lui et Jean ont fui Tal Verar et se sont réfugiés dans la cité prospère de Lashain.

L’heure est grave. La ronce de Camorr va crever comme une merde en se vidant de son sang dans un lit sale. J’ai envie de pleurer, mais je me retiens, car malgré ce que disent les féministes, les femmes n’acceptent pas que les hommes, que leur homme pleure en public. J’imagine qu’il faut laisser le temps au temps. La théorie a souvent une longueur d’avance sur la pratique.

Bref, c’est le gros drama.

Et là, BAM ! Apparait Patience, une mage esclave qui leur propose un marché : gagner une élection politique ou mourir. Nos deux voleurs acceptent parce que la vie vaut la peine d’être vécue.

Seulement, petit détail : leur adversaire dans cette partie d’échecs n’est autre qu’un ancien membre des salauds gentilshommes, l’amour de toujours de Locke, Sabetha Belacoros la maîtresse voleuse.

De où qu’on est ?

Karthain est une cité riche et propre comme la Suisse, mais en deux fois plus stylée et sans parti d’extrême droite qui détruit tous les acquis sociaux chèrement obtenus. Cependant, la démocratie y est une affaire de rupins puisque sur 70’000 habitants, seuls 5000 ont le droit de vote. Du coup, mitigé.

En revanche, la ville se situe sur l’Amathel, le lac aux bijoux qui donne des vues de nuit incroyables avec ses profondeurs illuminées.

Karthain se compose de différentes îles reliées entre elles par des ponts de câbles. Entre chutes d’eau et fondation Eldren, on peut dire que le voyage vaut le détour.

La cité abrite le pouvoir central des mages-esclaves. Ils protègent la ville, mais manipulent également toute la chose politique avec leur magie de traître.

De qu’est-ce que j’en pense ?

J’ai adoré retrouver Jean et Locke, mes voleurs préférés. La plume de l’auteur, nerveuse et souvent drôle, m’avait manqué.

Je dis Jean et Locke, mais c’est en vérité les salauds gentilshommes au complet qu’on suit cette fois puisque le roman est divisé en deux parties ; l’une concernant les élections à Karthain dans le présent et l’autre dans le passé où la bande de voleurs manigance au sein d’une troupe de théâtre.

On découvre donc dans ce tome la vie qu’ils menaient ensemble ainsi que leurs différentes relations.

J’ai toutefois préféré la partie à Karthain, car plus complexe. Jean et Locke ont pour mission de faire gagner le parti perdant de ces dernières années et Sabetha joue du côté des tenants du titre. Tous les coups sont permis et personne ne va s’en priver.

Ici encore, la capacité incroyable de l’auteur à mener une intrigue et à y dénouer les fils un par un m’a tenu en haleine jusqu’au bout.

J’aime beaucoup Sabetha qu’on découvre enfin. C’est une jeune femme très intelligente, raffinée et autonome. Son défaut est la peur de s’attacher qui la rend souvent distante.

Je trouve le roman clairement à la hauteur des deux précédents, avec des scènes fortes et des descriptions qui m’ont marqué et inspiré.

Cependant, si je devais citer un défaut, et c’est là plus une question de goût personnel qu’autre chose, je pointerais du doigt la relation entre Locke et Sabetha.

Le jeu du chat et de la souris ne me dérange pas. En revanche, la putain d’habitude qu’a Locke de s’excuser tout le temps et pour tout m’a quelques fois exaspéré. Le gars s’excuse de ne pas être parfait. Il met Sabetha sur un piédestal de malade. À chaque fois qu’elle boude, il se répand en larmes et se traine dans la boue.

Je ne veux pas faire mon psychologue à deux balles, mais je trouve que ça dit quelque chose sur le rapport aux femmes de l’auteur. Non ? Ben j’ai un certificat en carton de psychologie comportementale, donc parle pas, stp.

Ça explique aussi le fait que Jean et Locke sont souvent derrière Sabetha en termes de coups de pute. J’ai eu l’impression qu’ils répondaient plus à ses attaques, avec à chaque fois un temps de retard, là où Lynch nous avait habitués à des salauds gentilshommes dans la mouise, certes, mais avec toujours une solution offensive.

C’est d’autant plus dommage que les personnages sont travaillés et attachants.

À part ce défaut, j’ai vraiment aimé cette lecture. Je l’ai trouvé plus intime que les deux précédentes de la série et un peu plus mature. Les coups sont toujours là, les retournements de situations surprennent, bref, la recette fonctionne comme au premier jour. Pour moi, c’est un gros oui, naufragé.

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

« If it’s real I’m the king oft he Seven Marrows,» said Cortessa. « But nobody cares. Can you tell me why I’m here ? »

« You ran out of sheep to fuck and went looking for some action?»

«Gods, I love Camorri. Constitutionally incapable of doing things the easy way. » Cortessa slapped Jean hard enough to make his eyes water. « Try again. Why am I here ? »

« You heard, » Jean gasped, « that we’d finally discovered the cure for being born with a faces like a stray dog’s ass. »

« No. If that were true you would have used it.» Cortessa’s next blow was no slap, but a backhanded bruise-maker. Jean blinked as the room swam around him.

« Now, I would love to sit here and paint the floor with your blood. Leone would probably love it even more. But I think I can save us all a lot of time. » Cortessa beckoned, and one of the men standing over Locke’s bed lifted a club. « What does your friend lose first ? A knee ? A few toes ? I can be creative. »

« No. Please. »

 

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