Grish-Mère d’Isabelle Bauthian

Crasseries de branleurs de gourdiflots de fils de bagnaudes !

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe.

Me revoilà avec de la fantasy « consciente » ; Grish-Mère d’Isabelle Bauthian. Un roman dépaysant qui pousse à la réflexion entre deux bastons et un couteau dans le dos. Les aventures de l’Explographe continuent dans le palais des illusions. Quelque chose y rôde…

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 13 :

— Le martyr M’Or !

— Doucement, Explographe…

Une voix apaisante. La tienne, naufragé (e). J’ouvre les yeux et me découvre tremblant sur les dalles d’une ancienne salle du palais. Ma main t’agrippe le poignet et mes phalanges blanchissent sous la force de la prise.

Je te relâche. Je dois me calmer.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

— Nous courrions pour échapper à la tempête lorsque soudain, tu t’es effondré en criant. Je t’ai trainé à l’intérieur aussi vite que possible. Il se peut que j’aie cogné ta tête une ou deux fois contre les marches du palais…

Je tâte mon crâne et y découvre une collection de bosses à faire rougir un masochiste.

— Ouais, ça ressemble plus à un acte volontaire. Du genre, ma tête, le mur, ma tête, le mur, ma tête…

— Oh, ça va, hein ! J’ai fait avec les moyens du bord.

Je te dévisage durement, puis baisse les yeux.

— Merci.

— Tu changes, Explographe ! s’exclame Michel qui apparait comme par enchantement à côté de mon oreille.

— Ta race, ectoplasme à la con ! Non content de dire de la merde, tu t’arranges pour me faire flipper pour rien !

— Calmons-nous !

— Tu prends des initiatives maintenant, naufragé (e) ?

— Il faut croire que je change aussi.

— Mais je ne change pas, putain ! Arrêtez de me scruter avec vos yeux bienveillants, là, c’est gênant.

— Qu’est-ce qu’il t’est arrivé, au juste ?

Je soupire et balaie du regard le haut plafond en dôme recouvert de lianes. Des statues imposantes de guerriers, l‘épée au clair, posent sur moi des yeux de pierre accusateurs. Partout, la jungle a repris ses droits, crevant murs et fenêtres lambrissés d’or.

— Je me souviens avoir pensé au sable rouge. Des voix sont alors apparues et m’ont fait perdre mes esprits.

— Le sable rouge ?

— Il n’y a jamais eu de sable et encore moins rouge, Explographe, confirme Michel.

Je leur souris. S’ils croient m’avoir aussi facilement…

— Ha. Ha. Ha. Très drôle, les gars. Je suis sérieux, là.

Ils échangent un regard perplexe.

— Nous n’avons pas vu de sable, juste des marches rongées par la jungle. Il y avait bien un peu de terre humide, mais rien de plus approchant.

Je commence à flipper. J’aurais juré avoir vu du sable rouge, et pas qu’un peu. Le souvenir est encore bien vif dans mon esprit. Qu’est-ce qu’il m’arrive, bordel ?

— Je…je ne comprends pas.

Je réfléchis. Ça ne peut pas être la drogue, voilà fort longtemps que je n’ai plus touché à mon plaisir coupable. Un effet du sevrage ? Peu probable, les crises sont maintenant rares. Alors quoi ? Je repense aux légendes qu’on raconte sur cet endroit sans nom. On l’appelle simplement le palais. Il fut le témoin d’une dynastie occulte et dégénérée qui attira les bêtes de l’outre-monde en son sein. Un récit fait part d’une méduse, un monstre éthéré aux capacités télépathiques terrifiantes.

Et si ce n’était pas que des légendes, des comptes pour gosses ? Ça expliquerait mes visions, mon malaise, mon attrait pour…

— Nous sommes en danger !

— Quoi ?

— Il ne faut pas rester ici, une bête rôde dans ces murs.

— Quelle bête ? Je ne comprends rien de ce que tu racontes…

— Michel, une méduse hante le palais et je crois bien que pour une raison encore inconnue, je l’attire.

— Ahaaaa !

Michel disparait subitement. Je lève les yeux et découvre une masse informe aux regards arachnéens. Ses tentacules fantomatiques fouettent l’air en un sombre ballet affamé. Cette chose veut nos âmes…

— Cours, naufragé (e) !

J’attrape un livre au hasard et le lance pour faire diversion. Grish-mère d’Isabelle Bauthian. Encore une perte inestimable, et merde !

Titre : Grish-Mère

Auteur : Isabelle Bauthian

Nombre de pages : 528

Ma note : 4/5

De quoi qu’on parle ?

 

Grish-mère est le second tome de la série « Les Rhéteurs » d’Isabelle Bauthian, mais ça tu t’en bats les couilles parce que cet opus peut se lire de façon totalement indépendante.

On suit donc Sylve, un factotum respecté faussement accusé de vol et traqué par tous un tas de types spécialisés dans l’art du meurtre « Deutsche Qualität ». Un factotum est un spécialiste de tout ce dont un seigneur aurait besoin ; combat, repassage, art de la table, histoire, généalogie, etc. C’est un domestique de niveau 120.

Sylve traque le fils de…hum, le gars qui l’a blousé jusqu’à la baronnie flottante de Grish-mère. La cité inspire le respect par sa classe et surprend par sa particularité. À Grish-mère, les femmes ont le pouvoir. Elles vivent dans un matriarcat où les hommes sont jugés inférieurs.

Bien sûr, à peine arrivé, notre héros se met à dos la guilde la plus puissante de Civilisation et devient malgré lui leur serviteur…

De où qu’on est ?

 

Je qualifie aisément l’univers de médiévale fantasy, malgré quelques petites subtilités bienvenues. Civilisation nous présente une brochette de baronnies avec chacune sa spécialité. On y trouve de la magie, mais aussi des mi-hommes, sortes de créatures humanoïdes « différentes » (morphologie, sens, etc.).

Grish-mère montre une cité aux rues imbriquées les unes dans les autres où la végétation se fait rare. Opulente et peuplée, sa situation géographique, coupée du continent au milieu des flots, la rend très indépendante.

Sa position politique unique, matriarcale et pro femme en font un lieu exotique et dépaysant.

De qu’est-ce que j’en pense ?

 

Je n’avais encore jamais lu de fantasy à ce point politique et ce fut un vrai plaisir. Grish-mère propulse un homme conservateur dans une société sexiste matriarcale, pro femme. Je n’utiliserai pas ici le terme « féministe », parce que pour moi le féminisme a vocation à l’égalité des sexes. Précision faite, trêve de chipoterie.

L’auteure arrive à exposer une critique du patriarcat en renversant les points de vue et les situations de façon souvent fort drôle. On ne parle d’ailleurs pas que du sexisme, cependant c’est le thème majeur abordé.

Tu t’en doutes, naufragé (e), cela est servi avec un scénario et une histoire palpitante. Pas pour rien que je lui ai mis un quatre sur cinq. La plume intelligente ainsi que les personnages travaillés nous immergent complètement dans ce monde d’intrigues et de dangers à l’univers riche.

Il y a beaucoup de symbolisme et de vraies questions de fond amenées avec humour. Je me suis plus d’une fois marré sous la plume « fleurie » de l’auteure. Mention spéciale pour les combats, violents, nerveux et jouissifs. Le contraste entre ce que Sylve dit et pense est juste excellent.

Pour les défauts, j’ai remarqué sur la version numérique quelques fautes de frappe. Certaines réactions, notamment de Sylve, m’ont fait grincer des dents par leur émotivité ou naïveté qui ne colle pas au personnage. Cependant, je n’oublie pas qu’amener de telles thématiques, qui plus est dans un univers fantasy, est déjà une gageure en soi et que ces petits défauts ne m’ont absolument pas gâché la lecture dans son ensemble.

Je valide donc Grish-mère et ajoute de ce pas « Anasterry », le premier tome du cycle, dans ma PAL. Si tu aimes la fantasy intelligente et « punchy », je te conseille cette lecture !

Si tu as envie d’un second avis (meuuuuh non, je ne le prendrai pas mal), j’ai bien aimé celui de l’ours inculte.

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Il balaya l’espace devant lui d’un geste de la main droite et, de la gauche, écarta vite fait un pan de sa tunique pour jeter un œil à sa tocante.

À peine plus de trente heures avant la Nuit Noire. Bazar.

 La grogne montait parmi la pedzouille. D’après les gueulantes, « Meurtrier ! », « Assassin ! », ces bougres de gueuzes finis à la bière n’avaient pas pigé qu’il les épargnait.

 — Mon bon peuple, imaginez-vous que je m’abstiens de saisir mon arme dans le simple but de ne point en souiller le tranchant sur vos cuirs infestés de vermine ? demanda-t-il.

 Quelques « Hein ? » émaillèrent le premier rang.

 Connards.

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