Comment construire un personnage de fiction ?

Salut à toi, naufragé (e) ! Ici, l’Explographe.

Aujourd’hui, on se retrouve pour parler de character building, comme on dit en français. (Haha, elle est bonne celle-là ! Ha. Haaa, hum, bref.)

Concrètement, tu veux écrire le meilleur roman de tous les temps (voir cet article). Tu es ambitieux et vraiment con, deux qualités que nous partageons et le partage, c’est important. Cependant, il manque pour l’instant à ton chef-d’œuvre une personnalité forte et inspirante, quelqu’un qui lui donnerait vraiment vie.

Une vision s’offre soudain à toi, comme à ton habitude, car tu es un génie. Tu vois un homme fort et beau…ou, non, plutôt une femme forte et belle. Elle a les yeux verts et les cheveux roux et… stop ! Il est temps de structurer tout ça avant que tu ne croies avoir créé un personnage original en cinq minutes, dans ta tête (ça m’arrive tout le temps, c’est chiant et ça énerve tout le monde). Et non, un beau gosse intelligent, mais timide ne fait pas un protagoniste tier 1. C’est plus compliqué que ça.

Prends à la place de quoi écrire. (S’il te plaît.)

Les deux voyages

Avant tout chose, je dois te parler d’un concept que tu connais peut-être déjà : les deux voyages. OK, j’ai inventé ce nom parce que de base, je ne le connais qu’en anglais et l’anglais, très honnêtement, c’est satanique.

En gros, dans un récit, tu as deux histoires ; le voyage extérieur de ton héros et le voyage intérieur. Le voyage extérieur correspond à l’action, c’est-à-dire aux événements concrets qui se passent (trahisons, explosions, scènes de sexe bdsm, etc.). Le voyage intérieur correspond au ressenti, au voyage émotionnel de ton héros. J’insiste sur ce second point, car je pense qu’il n’est pas assez expliqué en général.

Le voyage émotionnel consiste en un état de départ, de milieu et de fin. Par exemple, ton héros est une merde. Il n’a pas confiance en lui à cause de son père qui le battait. Les épreuves qu’il traverse lors de sa quête le changent petit à petit. À la fin, il gagne confiance en lui et devient un vrai boss !

Comment construit-on un personnage ?

 

Le rôle

Personnellement, je commence par déterminer son rôle, sa fonction. À quoi bon créer un personnage qui ne sert à rien, hein ? Hein ?! Tu vas répondre ?! Sssssshhh, je, me, calme.

Par exemple, disons que j’ai besoin d’un chef de la mafia. Il peut, au choix, être le protagoniste principal (le gentil), l’antagoniste (le méchant) ou un personnage secondaire (un bolosse). On va dire que c’est mon protagoniste principal.

Le sexe

Je décide ensuite de son sexe. Ouais, je sais, ça a l’air bidon comme ça, mais un homme ne se comporte pas nécessairement de la même façon qu’une femme. La représentation que le lecteur en a est donc très différente. Par exemple, concernant mon chef de la mafia, si je choisis une femme, cela aura un tout autre impact sur le lecteur que si je choisis un homme. Je pourrais écrire un article entier sur ce point-là, mais pour faire simple, contente-toi de suivre ton ressenti, ce que tu as envie que le personnage dégage.

L’âge

Vient l’âge. Ici aussi, ce critère a une grande importance. Entre une fillette et une mamie, il y a un large contraste. En outre, l’âge conditionne souvent la façon de penser du personnage. Un petit garçon de trois ans qui te sort du Nietzsche et du Platon ne sera pas du tout crédible. Ou alors cela lui donnera l’air d’un démon/esprit de la forêt/fou-ici-ce-que-tu-veux. Bref, pas un vrai gosse, quoi.

Le but

Bon, t’as la fonction, le sexe et l’âge. C’est bien, mais limite pour commencer à réellement fantasmer dessus. Il lui faut un but.

Quoi, et la description physique ?!

Calme-toi, on est en pleine jungle et il n’y a pas d’hôpital en cas de coup de machette mal placé de ma part.

La description physique est importante, mais pas tant que ça en fait. J’y viens un peu plus bas.

Le but est ce qui motive le personnage à agir. Par exemple, pour mon personnage cité plus haut, ça nous donne : une cheffe de la mafia de douze ans rêve de venger son père tué par un rival.

Niveau crédibilité, je suis high as fuck.

Le défaut

Ce personnage incroyable et stylé comme jamais a pourtant besoin d’un défaut. La perfection, ça n’existe pas et si ça existait, ça serait chiant comme un trajet en métro sans wifi. Autant te dire, le 33e degré maçon satanique avec mention et médaille de la fils-de-puterie en diamant de sang pur volé dans les mines d’Afrique (cette phrase est beaucoup trop longue).

Tout personnage crédible exige un défaut afin d’évoluer dans son voyage émotionnel et surtout d’amener du vrai en lui. Le lecteur aime le voir douter, tomber, puis se relever. Cela nous parle à tous, c’est universel.

Parmi les défauts les plus courants, on retrouve le manque de confiance en soi, le désir de vengeance, l’impossibilité d’oublier le passé, le besoin irrationnel de prouver sa valeur ou encore des choses plus triviales comme l’avidité ou l’arrogance. Il est possible d’attribuer plusieurs défauts à un même personnage, même si cela requiert alors plus de finesse pour le maîtriser. Un défaut peut aussi être un but, voir plus bas.

Il importe que le comportement du personnage reste cohérent avec son défaut. Par exemple, le but de notre gamine cheffe de la mafia est également son défaut. En gros, elle a du mal à contrôler ses émotions lorsque son traumatisme est évoqué. Si l’un de ses hommes dit du mal de son père, elle ne lui offrira pas une promotion avec un bisou sur la joue. Non, elle le jettera aux crocodiles, même si ce type savait faire son boulot.

Je caricature, mais tu vois le tableau. (C’est une façon de parler, il n’y a pas vraiment de tableau à voir.)

La description physique

Nous arrivons enfin à la description physique ! (yay !) Là, je te préviens tout de suite, on entre dans du politiquement incorrect. Pourquoi ? Mais je vais te le dire, naufragé (e). Parce qu’on va se servir du physique pour jouer sur les clichés afin de créer des images fortes et immédiates dans le cerveau du lecteur.

Je sais, c’est mal, mais la morale demeure un concept très vague, tu sais. Par exemple, un méchant sera souvent moche et un gentil beau. C’est psychologique ; on fait plus confiance à une personne belle et bien sapée, on lui prête plus facilement des qualités (qu’elle ne possède pas forcément), etc.

Tu peux faire un méchant beau gosse, ya pa de problém. Cependant, sa beauté doit alors être poussée à l’extrême, presque de façon surnaturelle. On doit sentir que quelque chose cloche, quelque chose de malsain. (Comme la perfection. Haha, lol, xptdr).

Personnellement, je me sers du physique pour dire des choses sur le comportement ou la mentalité de mes personnages. Par exemple, des yeux aguicheurs pour un manipulateur ou un physique gras et négligé pour une brute simple d’esprit.

Tu l’as compris, je ne suis pas un grand fan des rafales de détails, mais je précise que je ne donne là que mon avis.

Le nom

Lorsque j’ai fait tout ça, un peu près dans cet ordre (lol), je donne un nom à ma création. Le nom est très important. La façon dont il sonne, ce qu’il évoque, conditionne également la manière dont on la perçoit. Par exemple, un nom aux sonorités exotiques (Toyota), enverra le lecteur dans ce qu’il connait du Japon, plus largement de l’Asie. Il formatera déjà sa vision du personnage, lui donnera une « proto-identité ». Ne prends donc pas cette étape à la légère. Elle peut faire la différence entre un personnage raté ou réussi. Comme le physique, le nom doit dire quelque chose sur ta création. Je te conseille de t’inspirer de personnes existantes, voire même connues. Pour ça, Google est ton ami (même s’il vole tes données, XD). Attention toutefois à ne pas abuser des clichés.

Pour mon exemple, je vais appeler ma cheffe de la mafia Francesca. Ça sonne italien et donc fait appel à l’imaginaire mafieux que tout le monde connait. C’est un prénom assez classique en Italie et donc crédible avec l’image d’une petite fille de la classe moyenne-haute. Mon choix aurait été tout autre si elle faisait partie de la noblesse qui requière un nom plus rare, plus élaboré (souvent plusieurs prénoms, d’ailleurs).

La backstory

Pour finir, je dote mon personnage d’une backstory (un passé, en gros). Elle sera plus ou moins longue et précise suivant l’importance dudit personnage. Un personnage principal aura généralement une backstory assez détaillée, alors qu’un perso secondaire se contentera de quelques lignes.

On retrouve souvent dans la backstory l’origine du personnage (d’où il vient) ainsi que la cause du traumatisme ayant causé son défaut. Je pense que c’est le minimum, mais je suis loin d’être un connaisseur de la chose. En effet, j’ai généralement la main légère sur les backstories parce que ça me casse les couilles (#honnêteté). Le but de cette étape est vraiment de renforcer l’identité du personnage et de le rendre aussi familier que possible à tes yeux. De cette façon, tu seras plus à même de le jouer dans ton histoire de manière cohérente et crédible.

Le mot de la fin

Voilà, tu connais désormais les grandes étapes que j’utilise pour créer un personnage de fiction. Ces conseils s’appliquent surtout aux protagonistes importants. Inutile de se casser les couilles à faire tout ce processus pour un guichetier de banque qui ne dira que « bonjour ».

Il y aurait tant à rajouter, mais je crois que je t’ai déjà assez embrouillé comme ça. J’écrirais sûrement d’autres articles sur certains points du sujet qui méritent plus de précisions. L’idée de ce papier était avant tout de te donner une vue générale de la création de personnages. Si tu as des questions, n’hésite pas à me les poser en commentaires.

Le conseil de la fin est peut-être le plus important ; inspire-toi des personnages de livres, films, séries ou des personnes ayant réellement existé qui te fascinent. Observe-les et prends le meilleur et le pire d’eux pour les mettre dans tes propres créations. C’est souvent ainsi qu’on obtient des tier 1.

À ton clavier, stylo ou plume, que ton roman commence !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *