Blood song tome 2 – Le seigneur de la tour d’Anthony Ryan

Le corbeau s’élève, porté par des ailes de feu,

Quand les flammes naissent, des vents d’été.

Poème seordah

Salut à toi, naufragé ! Ici, l’Explographe.

Pour passer l’intro, rends-toi au premier titre « De quoi qu’on parle ? »

Journal de l’expédition Roselune. (Pour suivre le début de l’aventure, c’est par ici)

Jour 3 :

Av’eugle me dévisage longuement de ses yeux de poisson mort. Puis, elle crache une énième fois sur son tapis en essuyant lentement le filet de bave qui lui pend des lèvres. Elle ménage son effet, cette sombre con…gentille dame.

— C’est de la merde, ton histoire.

Tu ne peux être plus choqué, naufragé, et comme je te comprends. Je résiste à l’envie de lui lancer un « c’est toi, la merde », mais je suis au-dessus de ça. Du moins, c’est ce que je me dis pour sauver mon amour propre.

— Grande et magnifique Av’eugle, Oracle parmi les oracles, je ne peux exprimer toute la honte que je ressens en apprenant mon échec à satisfaire ton bon plaisir. Je…

— Ouais, on s’en bat les couilles.

Mais c’est qu’elle me coupe, cette morue fossilisée ! Je cache mon air scandalisé derrière un sourire aussi faux que le respect que j’ai pour ce suppôt de Satan.

— Explographe, je connais la coutume et je l’honore sans faute. Un cadeau pour un cadeau.

Ce n’est pas trop tôt. Je m’avance et m’assois en face d’elle.

— Je compte traverser la chaine des Gro’piks, mais la pyramide de cuivre me bloquera la route. Je connais bien un guide, mais vu le sale coup que je lui ai fait la dernière fois il ne va pas être chaud pour me concéder une faveur. Par chance, ce débile profond est superstitieux comme jamais. J’aurais donc besoin d’une de tes petites visions, au calme.

— Les Gro’piks, t’es barré, fils de pute ? Je ne vois que la mort là-bas.

Tu ne vois que dalle, ta race. Je m’abstiens cependant de formuler cette remarque à voix haute.

— Je connais les risques, Av’eugle.

Elle soupire et ses yeux laiteux se remplissent soudain d’encre. Je la sais partie dans le monde de la trame. Ses lèvres tressaillent sous l’effort, ses doigts secs et crochus s’agitent. Elle cherche.

Elle émerge quelques minutes plus tard, un sourire aux lèvres. Ça ne me rassure pas des masses.

— Ton type est quelqu’un de charmant. J’ai ce qu’il te faut, mais cela te coutera une chronique de plus.

Je m’y attendais, car elle me fait le coup à chaque fois. Elle n’a pas l’air de s’en souvenir et se prend pour une femme d’affaires impitoyable. Je ris intérieurement de sa bêtise et sors un deuxième ouvrage à la couverture aguicheuse.

— Tu es dur en affaire, mais j’ai ce qu’il te faut. Blood song tome 2, le seigneur de la tour d’Anthony Ryan !

Titre : Blood song -Le seigneur de la tour

Auteur : Anthony Ryan

Nombre de pages : 946

Ma note : 4/5

 

De quoi qu’on parle ?

 

Si tu n’as pas encore lu le premier tome, j’en parle ici.

Vaelin Al Sorna revient au pays fermement décidé à faire une petite pause. Les massacres, la guerre, ça l’inspirent plus trop. Il trouve que la violence c’est surfait et cache une petite pls mentale due aux choses pas jolies jolies qu’il a commises.

Il rencontre sur sa route une jeune femme, Reva, et la prend sous son aile malgré le fait qu’elle cherche à le tuer. La non-violence, Gandhi, tout ça, tout ça… De base, il veut retrouver frère Frentis, mais le roi le nomme seigneur de la tour du nord, un endroit paumé à la consanguinité élevée. Il accepte en se disant qu’il y aurait moyen d’avoir la paix. FAUX !

De l’autre côté, frère Frentis se retrouve possédé par un démon débauché et est forcé de l’accompagner afin de tuer tous les noms d’une liste de meurtres commandités par un étrange Allié.

On retrouve également la princesse Lyrna en roadtrip pour signer un accord de paix avec la nation Lonak. Un voyage au romantisme certain au pays des bourrins et de la baston.

Cependant, tout ce petit monde va bientôt prendre cher, car une invasion se prépare…

De où qu’on est ?

 

On est dans un univers de medieval-fantasy très bien construit avec un royaume unifié (plus ou moins), un empire Alpiran (type arabe) de l’autre côté de la mer et un empire Volarien (type asiatique). Voilà pour les gros qui pèsent dans le game. On peut aussi parler de l’archipel Meldénéen, une bande de pirates qui savent se défendre, mais au territoire trop petit pour nourrir des ambitions de conquête sérieuse.

La magie est présente, mais fortement dosée. L’utiliser coute très cher et seuls certains individus doués en sont capables.

Politiquement, on est sur quelque chose de travaillé également. Pour prendre un rapide exemple, le royaume unifié fonctionne selon une sorte de monarchie constitutionnelle où le souverain doit cohabiter avec officiellement six ordres autonomes gardiens de la foi. Chaque peuple a également ses croyances et mythes. Bref, rien à dire de ce côté-là, c’est bien fait.

De qu’est-ce que j’en pense ?

 

Ce deuxième tome commence tranquillement, mais révèle vite son potentiel. Cette fois, on voyage dans tous les coins possibles. Champs de batailles, citadelles opulentes, navires, forêts mystérieuses, monde des esprits, la profondeur de l’univers se dévoile dans une aventure de longue haleine, mais toujours pleine de surprises.

Vaelin a évolué et maîtrise désormais son chant. Il est plus réfléchi et on sent que la guerre contre l’empire Alpiran ainsi que les jeux malsains du roi Janus lui ont enlevé une partie de lui-même. La foi a déserté son cœur et il s’éloigne de son ordre.

J’ai beaucoup apprécié le nouveau personnage qu’est Reva. Assassin fanatique formé à la dure depuis sa tendre enfance, elle ne connait que la parole du Père Universel et la haine de Vaelin Al Sorna, l’homme qui tua son père. Le terrible combat qui fait rage en son cœur ainsi que son courage font d’elle mon personnage préféré.

Les protagonistes féminins sont à l’honneur dans ce roman (ça, il faut le savoir, hein. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est vérifiable.), avec notamment la princesse Lyrna. Elle gagne tout mon respect pour son esprit à l’intelligence incomparable et la venue d’un drame qui la changera à jamais. Mais pas de spoil, je te laisse découvrir ça, naufragé.

Le thème de l’esclavage est fortement présent dans le roman et on assiste à deux conceptions totalement différentes du monde qui s’affrontent brutalement. L’extrémisme religieux y est aussi critiqué avec des mots que j’ai trouvé très justes.

Anthony Ryan continue donc à nous offrir ce qu’il sait faire de mieux ; des personnages travaillés, des histoires complexes et des scènes de combat épiques. Le bouquin souffre un peu de certaines longueurs et de son nombre de pages qui le classe de facto dans la catégorie « pavé sa mère ». Mais honnêtement, si tu es comme moi et que tu manges un kilo de papier tous les matins au petit-déjeuner, lance-toi sans hésiter.

L’extrait express (si t’arrives à le dire cinq fois vite, tu gagnes une noix de coco) :

 

Les jambes fléchies, elle se hissa hors du fossé et inversa sa prise sur son arme, plaquant la lame contre son bras pour en cacher l’éclat. Elle s’approcha de la forme endormie de sa proie avec toute la furtivité que lui avait apprise le prêtre à grand renfort de bastonnade depuis ses six ans. Elle se mouvait à présent aussi silencieusement que n’importe quel prédateur de la forêt. L’homme était allongé sur le dos, le cou exposé. Il serait facile de le tuer dans son sommeil, mais sa mission exigeait autre chose. « L’épée », lui répétait sans cesse le prêtre. « L’épée prime sur tout le reste, sa mort n’est qu’accessoire. »

Elle redressa son poignard, prête à passer à l’acte. « La plupart des hommes deviennent fort volubiles avec un couteau sous la gorge », lui avait enseigné le prêtre. « Puisse le Père Universel, qui voit tout et tout embrasse dans Sa miséricorde, guider ta lame. »

Elle se jeta sur l’homme à terre, son poignard plongeant sur sa gorge nue…

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